Vercors 40/44
Compte-rendu de la rédaction / Seconde Guerre mondiale
Le 11 juin 2016
Vercors 40/44, coordonné par Olivier COGNE et Jacques LOISEAU, Musée de la Résistance et de la déportation – Maison des droits de l’homme, Conseil général de l’Isère, 2014, 133 p. 15 €.

Prolongeant une exposition, cet album richement illustré de photographies, d’affiches et de cartes, sans oublier une chronologie, propose, en croisant les approches, une synthèse des travaux consacrés à l’un des maquis les plus emblématiques de France dépassant, sans les oublier, les polémiques de l’après-guerre. Quinze contributeurs (conservateurs du musée, historiens universitaires, enseignants-chercheurs de l’enseignement secondaire et une géographe) éclairent l’histoire de cette région alpine, à cheval sur l’Isère et la Drôme, qui abrita comme le rappelle Gilles Vergnon dans une analyse devenue classique « Les « trois Vercors » de la Résistance ».
Après une mise en perspective historiographique d’Olivier Cogne, Anne Sgard présente l’invention du « Vercors » par Henri Ferrand en 1904, un massif défini par le géographe Raoul Blanchard durant l’entre-deux-guerres. Gilles Della-Vedona souligne alors « les paradoxes d’une montagne refuge », bien plus ouverte qu’on ne le pense à la circulation des hommes grâce à son économie (travailleurs italiens et espagnols) et à l’essor du tourisme. Pierre-Louis Fillet dresse le tableau de la région en 1939 et sous Vichy en insistant sur les importants brassages de population (réfugiés de 1939 et 1940 qui s’installent dans les hôtels, enfants du Var accueillis à partir de 1942…). Du coup, selon Philippe Hanus, les « étrangers » sont nombreux dans le Vercors pendant la guerre, des Mosellans expulsés aux réfugiés espagnols et aux Juifs français et étrangers. Certains étrangers s’engagent dans la résistance, une réalité gommée par le président Sarkozy lors d’un discours sur « l’identité nationale » prononcé à la Chapelle-en-Vercors le 12 novembre 2009. D’ailleurs, l’installation du lycée polonais Cyprian-Norwid à Villard-de-Lans de 1940 à 1946 (Stéphane Malbos) et la présence juive (Tal Bruttmann) montrent bien que le Vercors n’est nullement replié sur lui-même ni coupé du monde. Vichy y applique ses rafles antisémites de zone sud à l’été 1942, politique bloquée par les Italiens en février 1943 mais reprise ensuite par les Allemands.
Dans son étude synthétique et comparatiste des « trois Vercors », Gilles Vergnon remet en perspective la « République du Vercors » alors qu’Emmanuel Bluteau analyse « les mal-entendus » du « Plan Montagnards », élaboré par Pierre Dalloz et l’écrivain Jean Prévost et soutenu par Jean Moulin et Londres. Apport intéressant, l’historien allemand Peter Lieb explique du point de vue allemand les raisons de l’offensive sur le haut plateau de 8 à 10 000 hommes du 21 juillet au 5 août 1944 et la terrible répression à l’égard des maquisards comme des civils. Gilles Emprin souligne que les relations entre les habitants et les résistants ont évolué « entre cohabitation et fusion » dans une solidarité de souffrance à l’été 1944. Quant-à lui, Julien Guillon présente un Vercors en reconstruction (1944-1948) bénéficiant d’une aide suisse. Les deux derniers textes portent sur les enjeux mémoriels. Jean-William Dereymez étudie les sept décennies de l’Association nationale des pionniers et combattants volontaires du Vercors à la veille de sa dissolution. Longtemps animée par Eugène Chavant, un des chefs du maquis, elle a géré les deux nécropoles et cherché à orienter la mémoire. Enfin, dans une réflexion sur les rapports entre histoire et mémoire et sur les lieux de mémoire, Philippe Barrière examine la fabrication d’un « paysage-histoire » de 1944 à 2014. Il analyse en particulier le monument du sculpteur Émile Gilioli de Vassieux-en-Vercors.
Solidement documenté, cet ouvrage collectif fait le point sur le maquis du Vercors et son inscription dans le temps long. Mais, comme le souligne Gilles Vergnon, ce maquis emblématique n’a rien d’exceptionnel en France : il se caractérise « seulement » par le nombre de ses maquisards, sa durée, et la violence de l’assaut allemand.
© Christian Bougeard pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 07/06/2016. Tous droits réservés.