Roi de France. De Charles VIII à Louis XVI

Compte-rendu de la rédaction / Histoire moderne
Le 12 juin 2016

Michèle Fogel, Roi de France. De Charles VIII à Louis XVI, Paris, (collection Folio Inédit Histoire), Gallimard, 2014, 581 p., Cahier de portraits, Chronologie des douze rois, Cartes de l’agrandissement du royaume, Sources et bibliographie, Index.

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Il semblerait que tout soit dit en histoire classique des « rois qui ont fait la France », pourtant ce livre étonnant par son érudition, anticonformiste par intelligence et par volonté de suggérer plutôt que d’imposer, merveilleusement écrit et donc palpitant comme un roman, dit le contraire. Michèle Fogel est certes une spécialiste d’anthropologie politique, mais le livre va plus loin. Il puise son caractère haletant dans le mélange de hasard, de nécessité et de représentation qui caractérise la France dans ses gouvernants comme dans ses gouvernés. Construit autour de trois parties : L’imprévisible accession à la couronne ; L’élévation et la distance ; Exercices du pouvoir. Le roi et la guerre , il tisse depuis l’introduction, douze chapitres et un épilogue, une chronologie et une structure de l’État-France qui devrait faire réfléchir sur nos héritages d’aujourd’hui. Tout y est, du principe successoral au « mort saisit le vif », aux sacres, mariages, vie de cour et vie en guerre, mais la description minutieuse des rituels religieux et civils, des costumes, y compris pour les femmes, décrit des inflexions majeures qui construisent les arcanes du pouvoir : le gonflement des maisons, la cérémonialisation de la distance… En partant d’une histoire événementielle rigoureuse, qui établit des faits, M. Fogel montre aussi, par exemple à travers les « entreprises » bien documentées de Naples (1494-1496) de Cerisolles (1544), du Palatinat (1688-1689), de Yorktown (1781)… comment les savoirs de la guerre et l’implication du roi changent : il ne conduit plus les armées et se trouve dépossédé d’un droit souverain essentiel à son image. Tous rituels, savoirs et représentations se disloquent d’un temps à l’autre, comme on le voit dans la place du roi de Reims à la fête de la Fédération. Au passage, on y règle aussi les duels entre historiens friants d’idées générales toutes faites. Ce grand livre clair et stimulant, est la preuve qu’on peut manier à la fois la chronologie fine et le temps long, qu’on peut être érudit et savant sans être pesant, en s’amusant des vêtements, du boire et du manger et en compatissant au sort des femmes. Vraiment un livre pour tous les historiens de métier comme pour tous ceux qui veulent promouvoir une histoire de France non ringarde. Un livre où les jeunes qui lisent encore ne s’ennuiront pas ; peut-être même accepteront-ils de ne pas zapper. © Nicole Lemaitre pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 03/06/2016. Tous droits réservés.