Résister. Vie et mort d’un maquis de montagne
Compte-rendu de lecture / Histoire contemporaine
Le 1 septembre 2018
Gérard Guerrier, Résister. Vie et mort d’un maquis de montagne, Chamonix, Guérin éditions Paulsen, 2017, 308 p., 25 euros.
C’est dans une belle collection dont les volumes à couverture rouge proposent depuis vingt ans des écrits sur la haute montagne que Gérard Guerrier, plongeur, journaliste, écrivain-voyageur propose un beau et singulier récit d’histoire.
Singulier, puisque l’auteur, grandi à Grenoble à l’ombre du maquis du Vercors, s’attache au destin dans la France occupée de la famille Lippmann, une famille niçoise de Juifs laïques, plutôt aisés, passionnés de ski et de courses en montagne, parfaitement à leur aise dans la France républicaine. Singulier, car le livre est écrit, comme le dit l’auteur, « au charbon de bois », nourri d’entretiens et de papiers familiaux, appuyé aussi sur des archives et des discussions avec des historiens de la Résistance provençale (Jean-Marie Guillon et Jean-Louis Paniccaci). Mais c’est un récit, une histoire racontée, un « roman vrai » et non une thèse universitaire, où l’auteur « comble les vides» des connaissances avec son intuition, reconstituant les dialogues, suivant ses personnages au plus près de leurs itinérences en altitude entre Haut-Verdon et Ubaye, elles-mêmes admirablement décrites avec toute la gamme d’un lexique montagnard bien connu des géographes.
Mais c’est surtout l’histoire contée qui est elle-même singulière, puisque la famille Lippmann au complet, Jean et ses trois enfants (Jacques, Claude et Eva) sauf un fils prisonnier de guerre en Allemagne, fuit Nice à l’arrivée des troupes allemandes en septembre 1943 pour se réfugier dans une maison forestière du Haut-Verdon, dans les Alpes de Haute-Provence. C’est là que le noyau familial, dont deux des membres participaient déjà à l’activité résistante comme agents de renseignement, devient la matrice d’un maquis, le « maquis Lippmann», bientôt renforcé de proches de la famille, de réfractaires au STO et devient le « maquis Lorrain», du nom de guerre de Jean Lippmann, lié à l’ORA (Organisation de Résistance de l’armée). La suite de l’ouvrage recoupe ce que l’on sait à propos des maquis, dans d’autres régions de France : le lien vital avec les populations des villages de montagne qui fournissent le ravitaillement (on lira ainsi le récit du réveillon de Noël 1943), le dur hivernage 1943-1944, l’entraînement au maniement d’armes (quand on en dispose !), le déplacement du camp dans une maison d’alpage au printemps, la montée des effectifs et les combats de juin-juillet 1944 avec l’échec de la libération anticipée de l’Ubaye et la mort tragique de Jean Lippmann, capturé et fusillé par les troupes allemandes.
Au total, le livre de Gérard Guerrier embrasse largement plusieurs aspects de la période, de l’occupation italienne à Nice jusqu’à la Libération de la région, mais au prisme du destin d’une famille formidablement attachante. Tous nos collègues (et pas seulement en région PACA !) peuvent en faire leur miel, le lire, l’utiliser et le faire lire à leurs élèves.
L’intérêt du lecteur est garanti.
Voir la présentation en ligne sur le site de l’éditeur
© Gilles Vergnon pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 01/09/2018.
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