Soirée de fin d’année à l’atelier de la mer avec Fabrice Argounes et Muriel Garsson
Nous avons clôturé l’année par une belle soirée conviviale à l’Atelier de la mer (Pointe Rouge. Marseille) sur le thème : « Voyageurs des mers » le jeudi 18 juin 2026.
Muriel Garsson, archéologue chercheur associée CNRS, a assuré une première partie passionnante en expliquant pourquoi les Grecs prenaient la mer dans l’Antiquité. 80% des déplacements des Grecs se faisaient par la mer malgré leur conscience aigüe du danger. L’Odyssée renseigne sur ce rapport singulier que les Grecs entretenaient avec la mer en décrivant les naufrages et les périls qu’affronte Ulysse sur son chemin. De multiples raisons poussent les Grecs à affronter Thalassa la dangereuse : d’abord la guerre, la démographie et le commerce mais aussi les voyages cultuels et/ou médicaux, le tourisme sportif et même le tourisme culturel pour admirer les sept merveilles du monde identifiées par Pausanias (IIe siècle après J.-C.).
Fabrice Argounes, géographe, spécialiste de géopolitique et commissaire de l’exposition « Une autre histoire du monde » présentée au MUCEM en 2023-2024, a enchainé en élargissant le champ du voyage et en décentrant le regard européen sur le monde. Pourquoi les autres prenaient-ils la mer ? Le géographe a présenté de façon magistrale les cartographies et les imaginaires extra-occidentaux. Fabrice Argounes nous a montré comment l’Europe avait fabriqué les conditions d’un monopole scientifique cartographique en centralisant et en homogénéisant les connaissances cartographiques multiples et protéiformes des autres peuples. Ainsi ces savoirs maritimes lointains ont subi des processus d’invisibilisation par les Européens qui ont imposé leurs normes cartographiques. S’il y a eu des formes de métissage cartographique, la manière de penser la mer s’est largement uniformisée. Fabrice Argounes nous a présenté aussi plusieurs formats cartographiques comme les cartes micronésiennes réalisées à partir de corail et de coquillages, datées du début du XXe siècle, ou les cartes côtières groenlandaises sculptées en fonction des savoirs locaux et de la toponymie traditionnelle. Ce fut un moment suspendu où le public s’est laissé embarqué dans un voyage fabuleux face au port de la Pointe Rouge où se couchait doucement le soleil marseillais.
Merci Muriel Garsson, Merci Fabrice Argounes et merci à l’Atelier de la mer pour cette magnifique soirée.
« Il y a trois sortes d’hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. » Citation apocryphe d’Aristote
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