OFFENSTADT, Nicolas, 14-18 aujourd’hui : La Grande Guerre dans la France contemporaine, Paris : Odile Jacob, 2010, 21, 90 euros, 200 p.
par Yohann CHANOIR
Le 21 octobre 2014
Les Cassandre ont eu tort. La Grande Guerre ne s’est pas éloignée de notre société, ni même de ses préoccupations immédiates. 14-18 suscite, en effet, un incroyable activisme, à large échelle, animé par des passionnés, des associations diverses, des communes, et nourrit une dense production culturelle (BD, musique…). N. Offenstadt s’efforce de percevoir, non seulement les rythmes, mais aussi les enjeux, de cette présence si prégnante.
14-18 permet souvent d’inscrire son histoire dans l’Histoire, mais aussi sa propre trajectoire, dans une destinée, que celle-ci soit familiale, communautaire, militante… La communauté 14- 18 présente donc une palette variée d’engagements, nourrissant un fort tissu associatif, pouvant mêler histoire et géographie. Des associations sont dédiées à l’entretien de territoires précis, et/ou cultivent des mémoires locales. Un activisme facilité dans les espaces, où la concurrence commémorative de pôles de mémoire institutionnels majeurs (tel Verdun en Meuse) n’a pu jouer. Citons l’association Soissonnais 14-18, qui entretient les creutes, cultive et fabrique de la mémoire. Cette spatialisation de la mémoire, sur l’ensemble du territoire, présente un contraste entre un investissement limité, très ponctuel de l’Etat, et l’action vigoureuse des structures et des élus locaux depuis 20 ans.
La Guerre irrigue le champ culturel. La croissance notable dans les années 90, s’accélère dès 2000. Dans l’étude de cette chronologie, une hypothèse nous semble à creuser davantage: le monopole mémoriel, exercé par des associations d’Anciens Combattants, encore puissantes dans les années 70. Les rythmes sont divers. La césure pour la BD est précoce (années 70) avec Tardi, courant poursuivi par notre ami Nicolas Juncker. Cette floraison a des points communs: énoncer la guerre vue d’en bas, en dénoncer des aspects. Les écrans abordent la Guerre avec des (télé)films, partageant le choix d’épisodes en marge des grandes batailles et des opérations «ordinaires », ou évoquent la guerre en marge.
Le Poilu est devenu une icône consensuelle. Sa disparition programmée a suscité une sorte de métronome funéraire. L’auteur démonte ce décompte comme l’instrumentalisation politique qui en a été faite. Cela rappelle que le champ politique n’est pas indifférent à 14-18. La dernière campagne présidentielle a ainsi vu le déplacement du futur président et de F. Bayrou à Verdun. Si les pages sur l’usage de l’histoire par le candidat devenu président sont fort convaincantes, celles sur F. Bayrou auraient gagné à être développées.
Dans cette présence, qui est souvent plus du présent que de l’histoire, le rôle de l’historien est pluriel. Un des enjeux est sans doute de savoir, et de vouloir, associer historiographie savante et intérêt populaire dans une histoire culturelle, comme tente de le faire le CRID 14-18.
© Yohann Chanoir pour Historiens & Géographes