Nicolas Desmaretz, le Colbert oublié du Roi Soleil. Un entretien avec Stéphane Guerre

Le 12 novembre 2019

Nous avons profité des Rendez-vous de l’Histoire de Blois pour poser quelques questions à Stéphane Guerre 1 dont la thèse, dirigée par Joël Cornette et récemment publiée chez Champ Vallon, est bien connue des candidats au Capes et à l’agrégation. Ce travail, qui participe du renouvellement actuel de l’histoire politique du long règne de Louis XIV, témoigne d’une utile réflexion sur l’écriture biographique et sur la prise de décision politique dans la France de la monarchie absolue.

Par Joëlle Alazard 2

1. Là où l’entreprise biographique conduit le plus souvent à envisager la postérité de figures étudiées à travers le prisme de la mémoire, votre livre se distingue dès son ouverture par une réflexion sur l’oubli, sujet rare en histoire. Comment une figure essentielle au pouvoir de Louis XIV, un homme que certains de ses contemporains du XVIIIe siècle considèrent comme celui qui a sauvé le royaume du désastre, a-t-il pu connaître semblable éclipse ? J’ai été vite confronté à ce paradoxe, celui d’un homme puissant et célèbre, dont l’œuvre ministérielle avait ses thuriféraires tel le chancelier d’Aguesseau, qui tombait rapidement dans un semi-oubli au point de n’avoir jamais eu droit à une véritable biographie depuis sa mort en 1721. Cette position originale du personnage m’a poussé à rechercher ce qui avait échoué dans sa construction mémorielle puis historiographique dès le siècle des Lumières, ce qui revient effectivement à saisir ce...