Les 22 partenaires du projet européen Murailles et Jardins souhaitaient mettre en place une gestion écologique de leur patrimoine fortifié, tout en rendant l’accessibilité des sites pour les habitants et les touristes. Ce projet avait pour but de développer l’interprétation des fortifications et des sites pour en améliorer la compréhension. Enfin une réflexion de la fortification comme frontière dans le paysage était aussi un objectif. Les partenaires ont travaillé en étroite collaboration pour développer un réseau d’expériences d’échange et de savoir faire autour de ces thématiques.
16 sites ont été aménagés : 8 en France, 4 en Belgique, 2 aux Pays -Bas, 2 en Grande Bretagne. Le mardi 9 septembre le circuit commençait par Lille.
Journée du mardi 9 septembre 2014
Présentation au Palais Rihour de l’Histoire de Lille et du projet d’aménagement du site de la citadelle.
Dans la salle du conclave du Palais Rihour, Chantal Zamolo animatrice de l’architecture et du Patrimoine présentait l’histoire de la citadelle, une histoire complexe depuis la Préhistoire à la conquête romaine. Les premières installations ont lieu sur l’îlot Rihour. La comtesse Jeanne de Flandres concède aux bourgeois une charte. Une église du XVe, XVIe siècle de style flamboyant est construite dont il ne reste que la tour carrée. Sous les Comtes de Flandre l’Hospice Comtesse est ouvert en 1337. La Flandre revient aux ducs de Bourgogne en 1384. L’Hospice Comtesse est destiné aux malades .Des remparts entourent la ville à la fin du XVIe siècle. En 1767 Louis XIV fait le siège de la ville. Vauban l’ingénieur en chef du roi (génial) construit la citadelle avec 5 bastions, avec une défense échelonnée jusqu’à 30 km ! Il l’appelait « la Reine des citadelles ». L’eau est une des clefs de la défense de la ville. Lors du siège de 1708 1200 soldats défendent la ville avec succès contre 45 000 coalisés autrichiens, anglais, hollandais. Aujourd’hui il existe un schéma directeur pour métamorphoser le site de 110 ha cédé par l’armée à la ville de Lille autour de la citadelle qui reste propriétaire du Ministère de La Défense et sert d’Etat major européen. Il s’agit de restaurer et de gérer le patrimoine et satisfaire un vaste public épris de loisirs et de détente. En particulier restaurer les glacis créés par Vauban .Des aménagements ont lieu sous le Second Empire et la 3ème République. Le paysagiste Barilleau-Deschamps dessine le jardin de Vauban, le Bois de la Deule. Aujourd’hui, 2 ans de restauration ont été nécessaires pour les glacis en prenant en compte la faune et la flore d’origine. Concilier écologie et patrimoine, tel est le projet des rénovations d’un des 20 sites européens. Il s’agit d’aménager la plaine des sports et du Champ de Mars. Le zoo qui attire 1 million de visiteurs par an a été réaménagé sur 3,5 ha.
Visite guidée de la citadelle
Après la théorie, la pratique sur le terrain. La visite a été guidée par François Feydet, gestionnaire de la citadelle de Lille et Chantal Zamolo, en présence de Julien Dubois élu de la ville de Lille en charge du Patrimoine.Le site a été classé en 2010 au titre des Monuments Historiques. Le schéma directeur de 2012 fait 700 pages. La tenaille c’est un moyen de protéger le mur. Vauban a construit le 1er fort bastionné en terre. La demi-lune protège le rempart. La contre garde a été restaurée ; elle comprend un chemin de promenade. Il existe un mur de communication entre la ville et la citadelle.
Les zones humides sont l’objet d’attentions. L’eau du fossé a été assainie. L’entretien du terrain du fossé au pied des remparts de la citadelle se fait à l’aide vache et un veau assuré par un éleveur de la région. De même pour les 18 moutons qui pratiquent la tonte de l’herbe de la contre garde (les parties sèches) Les chauve souris ont des abris ; de même les martinets. On va jusqu’à enlever ce que l’on a coupé. Les arbres morts aussi ce sont des nids de champignons. Les remparts sont régulièrement nettoyés. Les parties basses sont en grès de Fontainebleau, plus haut les parements en briques. Les portes en chêne sont avec clous retournés.
Des millions de visiteurs peuvent aussi contribuer à la dégradation du site. Il est nécessaire de lutter contre le motocross fort répandu et destructeur des talus des remparts, les dégâts collatéraux des moutons quant ils s’échappent d’un enclos, les chiens errants, des engins modernes tels que les pelleteuses… Un projet de visite sur smartphone est envisagé. Le parcours est d’environ 1 heure et demie. La notion de patrimoine a beaucoup évolué. Il faut réveiller l’intérêt du visiteur pour le sites fortifiés devenu aussi des sites de la biodiversité. Un témoin de cet effort, ce sont les panneaux pédagogiques qui donnent l’historique du site, les grandes étapes de la restauration, des renseignements sur la faune et la flore et des conseils pour les préserver, j’allais dire aimer. Nous quittons à regret la citadelle et ses vastes terrains qui offriront dans quelque temps un écrin et une diversité de loisirs aux portes de Lille quand seront terminés l’aménagement de l’esplanade du Champ de Mars (21ha) et de la plaine des sports et de loisirs 12ha). Plût au ciel que le site ait échappé au projet du grand stade qui a été construit ailleurs grâce aux combats valeureux d’associations !
La citadelle de Lille
Visite d’Ypres
La Porte de Menin
C’est Philippe Vanderghote chargé de mission pour le projet Murailles et jardins qui nous a donné rendez vous à la porte de Menin. C’est une porte monumentale en hommage aux officiers et soldats de la Grande Bretagne et de l’Empire britannique au front. Panneau après panneau on découvre les noms des soldats. C’est très émouvant. 54 896 noms, tués dans le Saillant entre le 16 août 1917 et la fin de la guerre ! La porte a été dessinée par Sir Blomfield et bâtie malgré de grandes difficultés techniques. Elle a été inaugurée le 24 juillet 1927 par le feld-maréchal Plummer en présence du roi des Belges. Elle n’a pu contenir tous les noms. Une autre liste a été gravée sur les panneaux de Tyne Cot. 1 500 à 2 000 cérémonies sont organisées par an. Une fois par jour un hommage est rendu par les habitants d’Ypres. A 20 heures, des clairons de la Last Post Association sonnent le Last Post, la sonnerie aux morts. 36 bus chaque soir !
Les casemates
La visite est guidée par Philippe Vanderghote et l’échevin chargé du tourisme. Elles abritaient une ancienne boulangerie. 5 salles voûtées ont été aménagées et ouvertes au public. Le bâtiment accueille une salle de conférence, une cafétéria, des sanitaires, un hall d’exposition. La scénographie est moderne. Une salle d’interprétation inaugurée le 28 avril 2013 permet de connaître l’histoire des différents conquérants de la ville, l’évolution de l’architecture. Elles racontent l’histoire de la ville.
Cité drapière florissante, elle s’est protégée par des fossés et des palissades. Au XVe siècle une muraille de pierre a été édifiée. Vauban renforce les fortifications. Au XVIIe siècle Vauban avait construit cinq ouvrages en corne pour éloigner l’ennemi. Les remparts ont été consolidés. Au XIXe siècle, la ville se démilitarise et deux tiers des enceintes demeurent. Pendant la 1ère guerre, elles servent d’Hôpital de quartier de transmission. Les soldats y impriment un journal, le Wipper Times. Elles ont subi des destructions lors de la Grande Guerre et ont fait l’objet de restaurations après, toujours en cours. Une salle est consacrée à la faune et de la flore. Pendant la Seconde Guerre mondiale elles ont servi d’abri à la population locale. Chaque casemate pouvait abriter 500 personnes. Un jardin de plantes tinctoriales utilisées au Moyen Age a été installé juste à côté des casemates et inauguré en 2013.
Les fortifications
Un circuit de 2h de marche avec 12 arrêts permet de parcourir 1 000 ans d’histoire des remparts.
Les Bourguignons ont fortifié la ville au 14e siècle. Mais c’est Vauban qui a dessiné les fossés et les canaux d’Ypres en forme d’étoile.
Ypres servait de ville barrière comme Ostende, Furnes, de Courtrai, Charleroi. Elles gardaient les terres autrichiennes. Une garnison de soldats résidait à Ypres. Les soldats payés par les Hollandais venaient d’Ecosse, de Croatie, d’Allemagne, d’Italie. Sous Vauban on logeait chez l’habitant.
Les murs de 9 mètres de hauteur sont en brique jaune, le cœur de la muraille en brique rouge. Ces briques étaient cuites sur place.
Le problème qui s’est posé à Vauban, ce sont les terrains marécageux. Vauban a fait planter des milliers de pieux en chêne dans la vase qui ont consolidé le sol et qui n’ont pas bougé depuis. Pour les murailles il a fait venir des maçons flamands. Peu d’immigrants. Très peu de militaires pour creuser.
Comme l’écrit Philippe Vanderghote « Ypres poursuit sa politique ambitieuse de requalification des remparts : réaménagement des sentiers de promenade, utilisation de matériaux respectueux de l’environnement, amélioration de la circulation de l’eau sur les fortifications pour éviter l’érosion, faciliter l’accès pour tous à une partie périphérique des fortifications présentant des éléments paysagers de valeur ».
Ypres
A Bruges, « la Venise du Nord »
La porte de Gand
C’est Eveline Buyck qui nous accueille à la Porte de Gand (Gentpoort). Nous visitons le Centre d‘interprétation du Gentpoort sous la conduite de Maarten Vansteenhuyse. Sur les remparts de Bruges se trouve l’une des quatre portes médiévales de la ville : la porte de Gand. Cette porte avait un intérêt stratégique. Elle ouvrait sur la route de Gand. Elle a été transformée en centre d’interprétation où le visiteur peut se familiariser avec les fonctions défensives des remparts. La scénographie a été soignée. Les supports multimédia aussi. Une carte en 3 D représentant une maquette de la ville permet de se repérer. L’aspect pédagogique des objets de collection (armes) ont été bien mis en valeur : des jeux à l’archer, des questions destinées aux enfants des familles et aux scolaires.
Les salles souffrent d’humidité et doivent être constamment entretenues. La visite se termine au sommet de la Tour Lanterne qui offre une vue saisissante de Bruges.
La porte de Gand est le point de départ d’un circuit pédestre et cycliste sur les remparts.
Le jardin écologique (Minne water park)
La visite est guidée par Maarten Vansteeehuysse en présence d’ Evelyne Buyck. Il s’agit de revaloriser le rempart et de gérer la faune et la flore. Doit-on laisser les plantes ou les enlever ? L’approche doit être douce. Le visiteur chemine le long du rempart des Béguines par le jardin de l’éclusier et le lac d’amour pour découvrir les portes de Katelijnepoort, porte de Gand, Porte de la Croix …
Le soir, la balade dans les vieilles rues est un enchantement pour les yeux.
Bruges : jardin écologique
Pol Verbeeck chargé des collections et de la coordination nous fait visiter les casemates qui racontent 500 ans du port.
Le bastion de l’empereur de Flessingue doit son nom à Charles V, empereur du Saint Empire Romain. Au milieu du XVIe siècle, une guerre entre d’un côté l’Espagne, et de l’autre la France et l’Angleterre menaçait. Aussi Marie de Bourgogne décida de renforcer l’entrée du port de Flessingue. Le bastion fut édifié en 1548 par l’architecte italien Donato di Boni Pellezuoli. Michel de Ruyter dont on voit le portrait à l’intérieur fut un des héros au XVIIIe, le siècle d’or. L’Escaut était une voie dangereuse et très fréquentée. Des pilotes guidaient (et guident encore) les navires en montant à bord. 70 000 navires passaient tous les ans. Napoléon fit renforcer le bastion après l’invasion anglaise de 1809 qui détruisit en grande partie la ville. La construction des casemates en 1811 utilisa pour la première fois le système métrique, qui servait en France depuis 1796. Les Pays Bas ne l’adoptèrent qu’en 1820.
Les casemates stockaient de la nourriture, des armes Une des casemates contenait une boulangerie pour la garnison La boulangerie fournissait 300 pains aux 4800 hommes de la garnison. 24 h étaient nécessaires pour la cuisson. Les cheminées ont été détruites pendant la Seconde Guerre mondiale. Un débarquement a eu lieu en 1944.
Les casemates
Le site est menacé par les inondations, n’est pas ouvert toute l’année. En décembre 2013 l’eau est monté très haut et a envahi les casemates. Depuis des travaux ont rendu étanches les portes. Du haut des remparts la vue sur la mer est impressionnante.
C’est l’Agence Heyman-Renoult (Hélène Muron, Julie Oviedo) qu’il faut remercier pour la qualité de la visite en France, Belgique et Pays Bas. Pour le département du Nord : Audrey Vernon. ↩︎
Notes
Directeur des rédactions de la revue Historiens & Géographes et du site internet de l’APHG, Secrétaire général de l’APHG.
C’est l’Agence Heyman-Renoult (Hélène Muron, Julie Oviedo) qu’il faut remercier pour la qualité de la visite en France, Belgique et Pays Bas. Pour le département du Nord : Audrey Vernon. ↩︎
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