Le Versailles des présidents

Compte-rendu de la rédaction (XIXe-XXIe siècles)
Le 27 septembre 2016

Fabien Oppermann, Le Versailles des présidents. 150 ans de vie républicaine chez le Roi-Soleil, Fayard, 2015, 236 pages, cahier photographique, bibliographie et index, 19 euros.

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Versailles est, aujourd’hui, l’un des monuments les plus visités (plus de 4 millions de visiteurs, plus de 7 millions en comptant tout le domaine). Pourtant Fabien Oppermann rappelle à quel point ce haut lieu de la monarchie et de l’art a connu de très longues périodes d’abandon depuis la Révolution française. Le château délaissé plaît aux romantiques et n’attire pas le public. Thiers et l’Assemblée nationale s’y installent après les Prussiens, en 1871, à cause de la Commune ; l’Assemblée nationale ne revient à Paris qu’en 1879 et les parlementaires y gardent des espaces importants jusqu’en 2005, seule la salle du Congrès est maintenue dans l’aile du Midi. Cette situation peut paraître paradoxale dans la France républicaine, et pourtant au fil des décennies, Versailles est devenu un des hauts-lieux de la République triomphante tout en étant celui de la monarchie absolue. Il a fallu batailler, trouver de l’argent, une volonté politique. La Société des amis de Versailles, créée en 1907, a amorcé le travail non pas de rénovation mais de colmatage du château, accélérée grâce au mécénat. Ce n’est qu’après la Première Guerre que les opérations de réhabilitation sont lancées avec ampleur, pour le château, puis le Grand Trianon et le Trianon-sous-Bois, enfin le pavillon de la Lanterne et le parc. Lors de la signature du traité de Versailles voulue dans la Galerie des Glaces par Clemenceau, il a fallu masquer les dégradations avec des tapisseries du Mobilier national, récupérer des meubles dans les collections du musée ou ailleurs. Plus tard, la volonté du général de Gaulle a été décisive : le château étant destiné à la réception des souverains d’ancienne dynastie et la restauration du Grand Trianon devant servir de résidence aux autres chefs d’État invités – Valéry Giscard d’Estaing utilise parfois le Grand Trianon à des fins privées. Pour chaque réception : dîner de gala dans la Galerie des Glaces, représentation dans l’Opéra de Gabriel, grandes eaux dans le parc, rien n’est trop beau et la République assume, revendique même, ce passé prestigieux pour ses hôtes. Puis le domaine est progressivement délaissé ; mais François Mitterrand y a organisé le G7 en 1982, François Hollande offre un concert à l’Opéra à Xi Jinping lors du cinquantième anniversaire des relations diplomatiques entre les deux États. Les fastes de la République remplacent ceux de Louis XIV qui fait toujours rêver et le domaine de Versailles garde une place dans l’imaginaire des Français et des étrangers. Tout le monde n’y trouve pas son compte : les puristes regrettent que la Galerie des Glaces ait perdu sa fonction initiale – un lieu de passage ; que le drapeau rouge flotte sur la résidence des rois de France lors de la venue de Khrouchtchev en 1960… L’auteur, sources archivistiques à l’appui, ressuscite Versailles, montre combien sa fonction culturelle, mémorielle et politique implique combats et enjeux contradictoires. © Chantal Morelle pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 27/09/2016. Tous droits réservés.