Le Sénat sous la IIIe République
Compte-rendu de la rédaction (XIXe-XXIe siècles)
Le 27 septembre 2016
BERSTEIN Gisèle, Le Sénat sous la IIIe République. 1920-1940, CNRS Éditions, 2014, 492 p., index, 27 €.

Tout n’est pas faux dans la collection de stéréotypes que véhicule l’histoire du Sénat, cette « assemblée conservatrice », parente pauvre de l’historiographie, concède d’emblée Gisèle Berstein, qui explique cela par le compromis de 1875, l’évolution de la position des radicaux et la Première Guerre mondiale. Car ce gros livre, issu d’une thèse soutenue à Nanterre en 2012, limite volontairement la IIIe République à l’entre-deux-guerres, cette période si mal étudiée par les historiens disait jadis René Rémond. Se nourrissant aux sources écrites les plus complètes avec une impeccable méthode, Gisèle Berstein articule son propos, classiquement, en trois parties : d’abord une étude du « personnel sénatorial », puis une autre du fonctionnement de la haute assemblée et enfin une troisième partie est consacrée aux grands problèmes de la France dans l’entre-deux-guerres et elle est dotée d’un nombre de pages légèrement supérieur à ceux des deux premières parties réunies, ce qui est heureux.
Dans la première partie, après avoir expliqué comme est organisé le Sénat, surtout depuis le retour de l’Alsace-Moselle, l’auteure montre comment on devient sénateur, scrute ces parlementaires (âges, milieux familiaux, professions et cursus politiques), leurs groupes politiques (elle fournit des tableaux et des cartes) et explique longuement l’organisation du travail ainsi que l’exercice du mandat sénatorial : information, séances plénières, commissions que Gisèle Berstein a beaucoup étudiées et elle montre bien leur importance capitale. On retrouve bien sûr ces commissions dans la deuxième partie, consacrée au fonctionnement du Sénat : bureau, travaux (étude des lois, vote du budget…), fonction de contrôle du Sénat et ses difficultés. Gisèle Berstein insiste au passage sur l’importance des commissions de l’Hygiène (une grande préoccupation dans toute l’Europe d’après la grippe espagnole) et de l’Algérie. La troisième partie — copieuse, donc — est thématique et non événementielle : d’abord un chapitre sur la préservation de la République laïque (rétablissement de l’ambassade au Vatican, conséquences du retour de l’Alsace-Lorraine et obstruction au vote des femmes), puis un autre sur le maintien du libéralisme économique et social (rôle de l’État, conséquences de la grande crise et Front populaire, tout lecteur attendant ce passage) et un chapitre 13 sur le libéralisme politique (lutte contre le bolchevisme et le communisme, problème des institutions et de la « réforme de l’État », encore une fois bien sûr le Front populaire, et enfin de nombreuses pages sont consacrées à l’ « agonie de la République parlementaire » entre 1937 et 1939).
Tout un très gros chapitre final est ensuite dédié aux rapports entre le Sénat et l’ « angoissant problème de la Défense nationale », du traité de Versailles à l’entrée en guerre de 1939. Épilogue, avec notamment une étude bienvenue des deux comités secrets (mars puis avril 1940), et le régime s’effondre, comme on sait bien. Une rédaction et une présentation matérielle impeccables tout au long de l’ouvrage, à l’aune de la documentation préalable.
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© Dominique LEJEUNE pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 27/09/2016. Tous droits réservés.