Le Destin des hommes de Pétain de 1945 à nos jours
Compte-rendu de la rédaction / Seconde Guerre mondiale
Le 12 juin 2016
Philippe VALODE, Le Destin des hommes de Pétain de 1945 à nos jours, Paris, Nouveau Monde éditions, 2014, 416 p.Index. 22 €.

Dans le prolongement des Hommes de Pétain publié chez le même éditeur en 2010, Philippe Valode suit les itinéraires d’un millier de responsables de l’État français à la Libération et après. S’appuyant sur certains travaux historiques, mais en ignorant d’autres sur les milieux professionnels, son étude porte surtout sur les épurations et les procès des principaux cadres qui ont servi plus ou moins durablement le régime de Vichy. Par exemple, concernant l’épuration extrajudiciaire, il retient le chiffre de 15 000 exécutions sommaires, ignorant les travaux du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale poursuivis par l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP-CNRS).
L’ouvrage est structuré en dix-neuf chapitres, de longueur très inégale (6 pages sur « La justice épargnée faute de remplaçants », ch. XI, ou 4 pages pour « L’instruction publique finalement peu épurée », ch. XIII), plus une conclusion développée. D’autres domaines sont plus longuement analysés. C’est bien sûr le cas de la centaine de hauts responsables jugés par la Haute Cour de justice : le chapitre VIII (27 pages), « Les vrais politiques traversent les épreuves plutôt favorablement », présente une typologie des condamnations prononcées. Ainsi, les amiraux de Darlan sont-ils plus durement frappés que les généraux alors que les aviateurs sont épargnés. L’auteur s’intéresse à la haute fonction publique (chapitre IV), des « protégés de Du Moulin de Labarthète » aux hommes des cabinets, insistant sur « le cercle protecteur des inspecteurs des Finances ». Il suit les parcours des « vichysto-résistants » qui surent « s’insérer dans la France d’après-guerre » tant dans le monde politique (François Mitterrand, André Bettencourt…) que dans celui des affaires. Avec des titres accrocheurs, et parfois réducteurs, l’auteur balaie plusieurs milieux socio-professionnels : « L’armée moins unie qu’il n’y paraît » (ch. V) ; « Le patronat épargné tout comme les rédacteurs de la Charte du travail » (ch. VI) ; « Les hommes des politiques familiales et pour la jeunesse respectés à la Libération » (ch. IX) ; « Le monde agricole : une Libération bien tranquille ou le triomphe des pétainistes » (ch. XII), ce qui n’est pas inexact sur la durée mais n’il évoque qu’en quelques lignes les grandes réformes de la Libération et la CGA impulsée par Tanguy Prigent. Et que dire du premier chapitre titré : « La France entière (ou presque) a collaboré par conviction, par action ou par omission ! »
On le voit, Philippe Valode ne s’embarrasse pas de nuances ignorant les travaux les plus récents sur les comportements des Français durant les Années noires. Il s’efforce néanmoins de dresser un panorama complet de l’Épuration avec quelques données chiffrées (ch. II) et des chapitres sur « La punition bien incomplète des responsables des politiques antisémites et antimaçonniques », « Une Église suspectée », « La médecine collaborationniste », les milieux culturels et artistiques « tenus pour responsables », « Lourdes sanctions et survies miraculeuses pour les chefs des partis politiques collaborationnistes », s’interrogeant in fine sur l’Algérie française comme « tentative de revanche vichyssoise » et présentant les animateurs des associations de Défense du Maréchal.
Même si l’ouvrage donne parfois l’impression de fiches biographiques mises bout à bout, il a le mérite de rassembler des données souvent éparses et de dépasser le cas des chefs en suivant la destinée (sanctions, reclassement, carrières ultérieures) de responsables de second rang, ceux qui ont fait fonctionner l’État pendant quatre ans et mis en œuvre d’efficaces politiques de collaboration avec l’occupant. Les lois d’amnistie du début des années 1950 débouchent sur les réhabilitations et réintégrations dans leurs droits (de carrière et de pensions) de bon nombre des épurés. L’auteur retrace aussi les moments d’éloignement ou de rupture avec le régime de ceux qui, antiallemands ou par opportunisme, sentent le vent tourner. Certains rejoignent la Résistance intérieure, le NAP ou le super-NAP, d’autres gagnent Alger mais dans le camp giraudiste. Ils furent généralement écartés par le général de Gaulle, non sans exceptions comme le montre la carrière de Maurice Couve de Murville.
© Christian Bougeard pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 03/06/2016. Tous droits réservés.