La Manufacture des Flandres

Par Yveline Prouvost
Le 19 septembre 2021

Il est à Roubaix une ancienne usine devenue musée…
C’est ainsi que l’on pourrait décrire La Manufacture des Flandres.
Mais ce lieu est bien plus que cela.

Autrefois entreprise de tissage créée, en 1914, par la famille Craye, une partie du site devient Musée du Jacquard en 2001, après son rachat par le groupe belge Flemish Tapestries. En 2009, la production est délocalisée et la ville de Roubaix rachète les bâtiments. Après une phase de travaux en 2014, le musée devient la Manufacture : musée de la mémoire et de la Création textile en 2015. manufacture1.png Ce musée dispose déjà d’un fonds particulier : une quinzaine de métiers à tisser divers et variés qui permettent de reconstituer l’histoire du tissage du Moyen Age (avec un métier médiéval reconstitué) aux années 1980. Dès le début, la visite s’ouvre sur une grande salle des machines, souvent très imposantes, en état de fonctionnement, et qui sont actionnées pendant les visites guidées : toute la difficulté de ce travail est alors perceptible : bruit, risques d’accident, pénibilité du travail. Cette première approche est déjà très impressionnante pour des élèves, quel que soit leur âge. Cependant, le musée de la Manufacture, qui appartient désormais à la ville de Roubaix, n’est pas qu’un musée de machines. Depuis sa réouverture en 2015, il est devenu « Musée de la mémoire et de la création textile ». manufacture2.png A ce titre, il s’est ouvert à tout ce qui peut permettre de conserver la mémoire du textile, et a, de ce fait, acquis une dimension plus humaine. Ainsi, il dispose de salles d’exposition qui accueillent, en temps normal, environ 5 expositions par an qui apportent un regard contemporain sur le textile. Se succèdent donc des expositions d’art contemporain fondé sur le textile, comme l’exposition « Faire tapisserie » qui vient de débuter, ou, prochainement (fin 2021), une exposition sur l’« Ukraine brodée » qui vise, à travers le textile, mais au-delà de la matière, à en comprendre les implications sociales, économiques et même affectives. Car tel est l’objectif : conserver la mémoire du textile est aussi conserver celle des vies qui s’y sont consacrées. C’est ainsi que dès l’entrée, le visiteur est invité à regarder de petits films tournés en 2012 en interne, avec différentes personnes qui ont travaillé dans le textile, livrant leur témoignage, et que les guides s’appuient aussi sur des images de l’INA pour « comprendre l’aventure textile » (films disponibles sur internet). Conserver la mémoire de cette activité nécessite d’en restituer aussi l’histoire. Ainsi, une exposition de panneaux retrace l’histoire de Roubaix « ville d’art et d’histoire ». Cette exposition, qui s’ouvre sur un espace convivial invitant à s’asseoir et à discuter, peut être l’occasion de réunir un groupe scolaire, de lui permettre de se poser, de mettre en récit tant l’histoire de Roubaix que celle du textile. Ce musée a prévu divers parcours pédagogiques pour s’adapter aux âges des scolaires : du cycle 1 au lycée. Les scolaires sont accueillis avec des thématiques adaptées à leur âge : les plus jeunes partent des moutons : on leur offre un contact direct avec la matière, tandis que les élèves de cycle 3 suivent Joseph un enfant ouvrier. Au cycle 4, la visite de la Manufacture permet aux collégiens d’entrer dans un jeu de rôle. On leur attribue un personnage qui leur permet de découvrir les différents aspects du travail textile ainsi que ses perspectives actuelles. La visite des lycéens est plus classique, mais elle peut permettre (en option) la rencontre d’un travailleur du secteur textile d’hier et d’aujourd’hui. Le site internet permet à chaque enseignant de choisir le parcours le plus adapté à ses élèves. Il est à noter que ces parcours peuvent être plus ou moins longs et coûteux selon les options choisies. C’est un musée qui cherche à faire vivre le textile, tant passé que présent, en ouvrant aussi sur différentes opérations : un espace textile régional permet aux élèves de découvrir ce qui se joue aujourd’hui en matière d’innovations textiles au cœur de la région du Nord. Il faut d’ailleurs noter que ce musée particulier s’ouvre régulièrement au monde extérieur : cours de tricot, de couture, de tissage , marché aux tissus qui accueille exposants et visiteurs de la région et bien au -delà. Au-delà du textile : c’est bien toute une mémoire humaine que cherche à préserver, à faire vivre cet espace. Cependant, ce musée est à inscrire dans un parcours complet de la ville de Roubaix. Roubaix : ville « champignon », une des capitales mondiales du textile, a aussi été un centre d’expérimentation de l’action sociale. Il est donc nécessaire d’intégrer la Manufacture dans le cadre de vie ouvrier (courées qui existent toujours à Roubaix, certaines réhabilités), ou patronal (maisons de maître comme la villa Cavrois, mais aussi « rang des drapiers » dans l’Avenue du Général De Gaulle). Ce cadre de vie est aussi celui des rangées de maisons ouvrières, comme celui des HBM : construites dans les années 20 pour améliorer les habitations ouvrières, pourvues du confort moderne. De même pour faire face à l’épouvantable mortalité infantile, une institution, la Goutte de Lait, est fondée. Il en reste une partie de la maison et de la façade que l’on peut toujours observer. Et surtout, dans un objectif hygiéniste, afin d’améliorer la santé des ouvriers, la célèbre « Piscine » de Roubaix ouverte en 1932, et désormais, depuis 2001, musée d’art et d’industrie. A chacun d’imaginer son circuit de visite : pourquoi ne pas commencer par le cœur de la vie ouvrière : l’usine et le travail, avant d’aller explorer la vie de ces ouvriers au cœur de Roubaix ? Il est nécessaire pour tout faire, de prévoir une journée sur Roubaix, mais cette expérience permet de comprendre le cœur de la « Révolution industrielle », son fonctionnement, ses enjeux mais aussi … la désindustrialisation, qui, seule, nous permet aujourd’hui de découvrir ces lieux différemment ! © Yveline Prouvost pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 19 septembre 2021.