La celtique méditerranéenne
Compte-rendu de la rédaction / Antiquité
Le 20 juin 2016
Dominique Garcia, La celtique méditerranéenne, Errance, Arles, 2014 (2e éd. revue et augmentée), 247 p, 32 euros.

Dans l’avant-propos, l’auteur justifie la réédition de cet ouvrage de 2004 : découvertes récentes et renouvellement des problématiques l’ont conduit à compléter ses analyses. Après l’introduction qui explique l’organisation de l’ouvrage et l’histoire de la recherche dans ce domaine, huit chapitres font connaître les différentes étapes du processus d’urbanisation en celtique méditerranéenne du VIIIe au IIe s. av. notre ère, ce qui permet de comprendre l’ethnogenèse dans le peuplement de la Gaule méridionale.
Le chapitre 1 fait le point sur le cadre naturel et l’apparition des peuples préromains, Celtes, Ligures, Ibères, dont les noms, redevables le plus souvent aux Grecs, ne coïncident pas avec des cultures matérielles spécifiques et ne doivent pas être interprétés en termes ethniques. La « Méditerranéisation », cette intégration dynamique des espaces aux échanges économiques et à la culture méditerranéenne, structure les populations et les réseaux entre les communautés. Les chapitres 2 et 3 traitent des communautés et de la mise en place des habitats du IXe au VIIe av. J.-C., en deux phases, l’une marquée par la proto-urbanisation (IXe –VIIIe), l’autre par une rupture du processus (VIIe s.), voire une crise interne liée aux modes de vie de ces populations au début de l’âge du fer. Ainsi, l’essor urbain à partir du VIe s. (chapitre 4), bien représentatif de l’âge du fer, a donné lieu à la « civilisation des oppida ».
Le développement spectaculaire de l’habitat peu après 600, connaît une phase de concentration aux IVe et IIIe siècles, avant un développement monumental des cités gauloises aux IIe et Ier s. av n.è. Pour évaluer le rôle de la fondation de Massalia et des courants ibériques dans ce phénomène de regroupement des populations, les chapitres 5 à 7 proposent une analyse des dynamiques à l’origine de cette urbanisation. Le chapitre 5 examine la composante religieuse comme base du rassemblement en communautés de populations disséminées, phénomène bien connu en Grèce et en Étrurie archaïques. Le matériel archéologique atteste l’existence de lieux de culte à l’emplacement desquels les agglomérations se développent en nombre à partir du VIe s., avec une intégration du sacré au sein de l’urbanisme, par divers aménagements (enceintes, portiques, salles hypostyles). Certains lieux de culte deviennent même des sanctuaires fédérateurs, indices de la constitution d’un pouvoir politique capable d’assurer la stabilité.
Le chapitre 6 étudie l’évolution des modes de production, d’un système agropastoral à des activités commerciales d’échange, induisant le développement d’un artisanat, et l’usage progressif de la monnaie. La présentation des différentes composantes urbaines et l’organisation du réseau d’habitat, au chap. 7, est suivie par une évocation de la dynamique des réseaux qui explique l’essor du processus urbain dans le midi de la France préromain.
Au total, cette réédition, enrichie d’illustrations et de cartes qui permettent de mieux situer les très nombreux sites étudiés, réaffirme l’originalité de la « Celtique méditerranéenne » dans ses formes d’urbanisation, le développement de son vaste réseau urbain, à côté des modèles helléniques méditerranéens.
© Hélène Aurigny pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 25/05/2016. Tous droits réservés.