L’Univers du Vin. Hommes, paysages et terroirs

Compte-rendu de la rédaction
Le 18 mai 2016

Bernard Bodinier, Stéphanie Lachaud, Corinne Marache (éd.), L’Univers du Vin. Hommes, paysages et terroirs. Actes du colloque de Bordeaux (4-5/10/2012), Bibliothèque d’Histoire Rurale 13, Presses universitaires de Rennes 2014, 469 p + annexes (résumés/abstracts, table), 496 p. hors tout. Issu des travaux de l’Association d’Histoire des Sociétés Rurales (Caen), cet ouvrage cartonné de belle facture est vendu au prix de 29 euros TTC.

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Le thème est classique. « Encore un colloque sur les vignobles, les vignerons et les vins », note avec humour Philippe Roudié, fin connaisseur en la matière, en ouvrant la séance de clôture de ces journées d’études. Il aura ainsi fallu deux ans pour mettre en forme ce livre, le temps de rassembler les textes proposés, les traduire et les mettre éventuellement en forme puis les grouper en fonction de la diversité des thématiques abordées afin d’assurer la cohérence d’un texte aussi riche, en faisant la part des remarques, souvent fines, exprimées en séance, lors des échanges éventuellement engagés entre les communicants, les organisateurs et les experts ou professionnels spécialement invités. On notera à ce propos le souci marqué de balayer le plus largement les problèmes abordés, au risque de dispersion, vu l’occasion donnée à des chercheurs travaillant plus ou moins séparément sur des régions parfois éloignées, de se faire connaître de leurs pairs et de nouer au besoin de futures et fructueuses collaborations. D’où les inévitables déséquilibres constatés, voire certaines lacunes. Mais le souci d’exhaustivité n’est jamais au centre de la thématique des colloques. Dans une première partie, cinq textes (80 p. environ) se hasardent à l’évocation de quelques « vignobles méconnus, oubliés, disparus ou ultérieurement reconstitués », occasion d’un rappel de l’invasion phylloxérique et de l’effort de reconstitution des vignobles de Champagne (Claudine Wolikow) ou d’évoquer la résurgence de certains vignobles en France depuis les années 1960 (Robert Chapuis). S’engage ensuite une approche plus technique de l’activité vinicole à la faveur de brefs développements (4 textes, 70 p.) interrogeant ces thèmes récurrents de la viticulture dans sa forme moderne : les notions « de qualité, d’appellations, de délimitations », avec un rappel notamment du rôle des AOC dans le renouveau du vignoble lorrain (Sylvaine Fassier-Boulanger), du rôle des agro-terroirs dans la hiérarchisation du vignoble des Côtes de Provence (Patrice Jadault et Philippe Moustier) ou la mise en place des appellations viticoles provençales. On peut alors en troisième partie s’attarder sur les « dynamiques spatio-temporelles des territoires du vin » (8 textes, 120 p.) où sont notamment abordés des cas aussi divers que l’origine du vignoble du Mont Liban (Romana Harfouche), les vignobles de Venise, de la lagune et de la côte Istrienne (Dario Canzian et Remy Simonetti), les vignes du pays nantais (Christine Marchetic), et le rôle des appellations d’origine contrôlées comme modèle de développement « à la française ». La quatrième partie de l’ouvrage (6 textes, une centaine de pages) peut alors aborder le thème des pratiques agricoles, ici un peu négligé, le rôle notamment de la polyculture et des formes d’innovation ou de spécialisation viticole où l’on trouvera notamment un article de Stéphanie Lachaud concernant en Sauternais, « la conversion progressive d’un espace de polyculture en vignoble entre le XVIe et le XVIIIe siècle ». Et l’ouvrage s’achève sur une évocation bienvenue, sans doute trop brève (5 textes, 80 p.), des « hommes et métiers de la vigne et du vin » qui nous rappelle très précisément quelques réalités fonctionnelles, soulignant entre autres le rôle fondamental du régisseur (Sandrine Lavaud), celui des négociants envisagé en ce cas à travers le problème de la défense des vins du Midi (Stéphane Le Bras) ou, bien sûr, le rôle présent de l’œnologue, occasion de s’attarder un peu longuement (une quinzaine de pages), sur le rayonnement spécifique de l’école bordelaise, sous la plume conjointe de Jean-Michel Chevet, Jean-Claude Hinnewinkel et Hélène Velasco-Graciet. Voilà un ouvrage au total de consultation utile dans une approche globale des tendances les plus actuelles de la recherche géographique et scientifique concernant les hommes et les sociétés viti-vinicoles les plus dynamiques. Les vingt-huit contributions ici réunies parmi lesquelles il conviendra de noter – chose peut-être nouvelle – la présence d’un nombre important d’auteurs de sexe féminin, apportent toutes en effet leurs pierres à l’édifice pourtant déjà solide construit en France dans le domaine de la connaissance de l’univers du vin depuis ces premières synthèses magistrales que furent, en leur temps, les œuvres de Roger Dion et de Marcel Lachiver. © Jean-Claude Maillard pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 15/05/2016. Tous droits réservés.