L’armée française et l’ennemi intérieur (1917-1939)
Compte-rendu de la rédaction / Histoire contemporaine
Le 26 décembre 2016
Georges Vidal, L’armée française et l’ennemi intérieur (1917-1939) : enjeux stratégiques et culture politique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, 260 p.
Tiré du mémoire inédit d’HDR de Georges Vidal, agrégé montpelliérain spécialiste du rapport entre communisme et guerre, ce travail vient combler un vide historiographique sur l’armée française face au communisme. Jusque-là, les travaux se sont souvent limités à relever un anticommunisme militaire, alors que Georges Vidal relève l’ « absence de perception univoque du communisme » (p 11). En revanche, l’auteur insiste sur le lien systématique entre danger allemand et menace communiste. L’armée considère que la principale menace consiste en une « attaque brusquée » allemande, auquel cas l’enjeu de la mobilisation des forces de réserve est décisif. Il pose le problème de l’ennemi intérieur constitué par le PCF. Fruit des représentations de l’époque, la théorie d’un complot allemand qui viserait à instrumentaliser le communisme pour affaiblir la puissance française est assez répandue. Toutefois, le risque d’un soulèvement révolutionnaire en France armé par l’URSS est écarté par l’institution jusqu’aux années 1930. A partir de 1934 et dans le contexte du Front populaire, l’anticommunisme de l’armée française s’accroît sans jamais donner lieu à une analyse unique de la situation géopolitique européenne. Ainsi, la guerre d’Espagne partage les observateurs. Le général Niessel pointe la potentielle prise de contrôle soviétique des rouages militaires de l’Espagne républicaine, tandis que d’autres, comme le colonel Morel, en poste à Madrid insiste sur le risque d’encerclement par les nazis et la menace sur un sud-ouest où ont été installées (loin des invasions historiques du nord-est) des industries stratégiques. Même les grèves du printemps 1936 sont lues à travers le prisme de « facteurs exogènes qui participent de la stratégie européenne de l’Allemagne » (p 102).
Dans cette seconde moitié des années 30, un « véritable lobby anticommuniste dont le chef de file aurait été le maréchal Pétain » (p 215). Georges Vidal conforte ainsi les recherches récentes sur le rôle de Pétain dans les années 30 qui éclairent la marche vers Vichy. L’ennemi intérieur, « transplantation en France du bolchévisme russe et auxiliaire zélé du bellicisme germanique » inquiète désormais sérieusement l’armée. Celle-ci inscrit ainsi son analyse de la menace dans l’héritage de représentations (complot orchestré par l’ennemi héréditaire allemand d’une part, thème du ralliement à des insurgés de nombreux étrangers et délinquants qu’on observe déjà dans les analyses versaillaises face à la Commune en 1871 et certains souhaitent la planification d’un dispositif anti-insurrectionnel.
Au final, ce travail solide apporte de la nuance au tableau habituellement dépeint de l’anticommunisme militaire de l’Entre-deux-guerres. On peut simplement regretter l’absence d’annexes à l’analyse.
© Walter Bruyère-Ostells pour les services culturels de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 14/12/2016. Tous droits réservés.