Julien VERCUEIL – Les pays émergents : Brésil, Russie, Inde, Chine …. Mutations économiques et nouveaux défis, Paris, éditions Bréal, 2010, 207 pages, ISBN 978-2-7495-0957-0
Yves BOQUET Professeur de géographie à l’université de Bourgogne
Le 21 octobre 2014
Cet ouvrage, de lecture aisée, se présente comme un manuel de synthèse et de comparaison des trajectoires économiques des quatre grands pays émergents souvent regroupés sous le nom collectif de “BRIC”, Brésil, Russie, Inde et Chine. L’auteur, économiste de formation, est responsable de la licence professionnelle “Marchés émergents” de l’université Jean Moulin (Lyon 3).
Quatre chapitres structurent l’ouvrage. Dans le premier (“D’où viennent-ils ?”), l’auteur examine successivement les transformations de l’Amérique latine (Brésil, Mexique, Argentine) jusque dans les années 1980 et les “trois variantes pour un programme socialiste” de l’URSS-Russie, de l’Inde et de la Chine, avant de s’interroger sur les raisons pour lesquelles les économies de type socialiste n’ont pas décollé.
Le deuxième chapitre (“Les stratégies d’émergence”) évoque successivement la promotion des exportations dans les NPI asiatiques, le cas du Brésil, “dragon d’Amérique latine”, les nouvelles “Trente Glorieuses” de la Chine, l’émergence à pas mesurés de l’Inde et la thérapie de choc en Russie, ce qui permet à l’auteur de dégager quelques leçons sur la théorie du libre échange, contredite par l’expérience des pays émergents, sur l’importance de la cohérence institutionnelle, et sur le fait que l’émergence n’est pas synonyme de développement. Le troisième chapitre se penche sur “l’avenir des pays émergents dans un monde risqué”, mettant en avant le potentiel de développement des économies émergentes, les défis et inégalités de la démographiques et de l’éducation, la relative faiblesse scientifique et universitaire des BRIC, l’efficacité de la main d’œuvre et ses effets sur la compétitivité des “grands émergents”, le potentiel des marchés intérieurs des BRIC et enfin les risques posés par la forte croissance actuelle des économies émergentes (risques économiques, sociaux, financiers, monétaires, environnementaux et géopolitiques).
Enfin, l’auteur évoque dans son quatrième et dernier chapitre les réactions des économies occidentales face aux pays émergents, posant la question d’une nouvelle mondialisation, autour de deux thèmes principaux : la concurrence sur les marchés et le désordre financier international. Que retenir de cet ouvrage ? Tout d’abord, il nous a paru très clair, et certainement utile aux enseignants cherchant une source commode pour comprendre les grandes évolutions de ces pays “BRIC” qui pèsent de plus en plus lourd dans l’économie mondiale. L’auteur, malgré un plan qui juxtapose plus que ne compare les pays mentionnés, a su adroitement dresser un tableau contrasté des trajectoires pas toujours convergentes. Cependant, il nous a semblé que l’auteur ne développe pas suffisamment la notion même de pays émergents, qui semble assimilée à celle de BRIC, alors qu’une clarification des termes aurait été utile en début d’ouvrage. Paru en 2011 chez Ellipses, l’ouvrage d’Axelle Degans, par contre, se livre davantage à cette réflexion essentielle. La dimension quasi-continentale des BRICS, avec leurs ressources naturelles souvent abondantes est trop rarement évoquée, et l’appartenance éventuelle de l’Afrique du Sud à ce groupe (BRICS ?), ou du Mexique, voire de la Turquie, n’est guère discutée. On note aussi parfois une tendance à considérer l’Inde et la Chine comme les seuls pays asiatiques, par exemple dans le passage sur l’éducation, où l’auteur semble négliger les efforts des pays d’Asie du Sud-Est, de Taïwan ou de la Corée. D’autre part, dans l’analyse du décollage des NPI, la métaphore du vol d’oies sauvages développée par l’économiste japonais Akamatsu n’est pas évoquée, alors qu’elle est un schéma classique d’explication potentielle de certaines trajectoires d’émergence. Enfin, si l’auteur a certes placé quelques cartes en début d’ouvrage, elles ne sont pas toutes très utiles pour le sujet (densités de population et villes au Brésil, mais on ne voit pas les fronts pionniers du soja) et elles ne sont pas mises à contribution dans le texte, qui d’autre part ne montre guère les disparités spatiales de l’émergence au sein des pays concernés (croissance de Moscou ?)
Cependant, cet ouvrage, qui décortique clairement les principaux mécanismes économiques dans les BRIC, sera utile aux collègues et aux élèves des lycées et classes préparatoires.
© Yves Boquet pour Historiens et géographes.