Incarcérer les collaborateurs dans les camps de la Libération, 1944-1945
Compte-rendu de la rédaction / Deuxième Guerre mondiale
Le 8 juin 2016
DUGUET Laurent, Incarcérer les collaborateurs dans les camps de la Libération, 1944-1945, Paris, Vendémiaire, 2015, 345 p., annexes, 24 €.

Cet ouvrage, tiré d’une thèse, porte essentiellement sur les camps d’internement ouverts à la Libération en Provence, alors que le titre laisse croire à des perspectives plus larges. Malgré quelques efforts, cet élargissement, on ne le trouvera guère, pas plus que la comparaison avec les camps d’internement de Vichy. Il s’agit donc d’une étude monographique qui, en 9 chapitres, décrit avec un luxe de détails plus ou moins indispensables l’organisation de certains des 16 camps de la région, de leur ouverture à l’automne 1944 à leur fermeture un an après. Il expose les problèmes multiples – mais communs à tous les lieux d’enfermement – que leur entretien suscite dans un contexte de guerre et surtout de pénurie généralisée, le casse-tête de leur financement, les insuffisances du personnel qui les encadre, les problèmes rencontrés pour le recruter et pour le licencier, les difficultés pour en assurer la sécurité.
L’étude insiste à juste titre sur l’improvisation qui a présidé à la création de ces structures faites pour résorber les prisons temporaires qui ont fleuri à la Libération, contrôler et encadrer vaille que vaille les arrestations massives qui ont eu lieu, trier les détenus, les libérer pour une large part après un séjour plus ou moins long et déférer les autres en justice. Ce travail confirme que Raymond Aubrac, le commissaire de la République à Marseille, a tout fait pour rétablir l’ordre dans une région qui tient le second rang après Paris par le nombre de personnes arrêtées, contrairement à la légende noire qui court encore dans certains ouvrages consacrés à l’épuration dite « sauvage ».
Pour comprendre cette situation transitoire et ses aléas, mesurer ses résultats, sans doute aurait-il fallu mieux intégrer l’internement dans un processus de sortie de guerre et d’épuration dont il n’est qu’un maillon. On ne peut traiter un tel sujet sans bien connaître, et la « collaboration », et la Résistance. Il manque une sociologie des internés, car les milliers de « collabos », vrais ou supposés, qui constituent le gros de la population concernée, sont plus rapidement décrits que les catégories, parfois marginales et en tout cas secondaires par leur nombre, qui viennent prendre leurs relais, principalement dans le courant de 1945 (civils étrangers, notamment allemands et italiens, miliciens, engagés ou non dans la Waffen SS, récupérés en Italie au printemps 1945, etc.).
En fait, l’auteur est resté prisonnier de ses sources qui traitaient davantage du secondaire que du principal, ce que l’épilogue, qui préfère l’histoire anecdotique ultérieure de ces lieux à l’élargissement synthétique, confirme.
© Jean-Marie Guillon pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 03/06/2016. Tous droits réservés.