Hervé DREVILLON, Les rois absolus, 1629-1715, Paris, Belin, 2011, coll. « Histoire de France », 637 p., version brochée, 36 €. (index des noms de personne, illustrations en couleur)

par Mathilde MONGE
Le 21 octobre 2014

Belin a lancé une grande collection couvrant la totalité de l’histoire de France, destinée au grand public. Il sera ici traité de deux des quatre volumes sur l’époque moderne. Tous les ouvrages bénéficient d’abondantes illustrations, d’annexes utiles (index, repères chronologiques, notices biographiques, encadrés sur des points de vocabulaire, bibliographie sélective triée par chapitre, à jour). La taille des ouvrages autorise des exposés assez complets, par rapport au public visé et à l’ampleur thématique du propos. Ces livres ont surtout un intérêt du fait des choix éditoriaux. Le premier est « l’atelier de l’historien » : deux ou trois chapitres supplémentaires, présentant les débats historiographiques, les sources et leurs usages. Il s’agit de montrer à un public amateur ou aux étudiants débutants que l’histoire n’est pas une succession de faits donnés, mais un discours construit, toujours en cours de production – un point de vue qui peut être salutaire. Le deuxième choix éditorial est de présenter un très grand nombre de documents de qualité (plusieurs centaines par volume). Ce sont des documents iconographiques, cartographiques et statistiques, souvent commentés, et des extraits de textes. Beaucoup sont « classiques », comme les portraits des principales plumes du Grand Siècle (Hervé Drévillon), des cartes des divisions administratives du Royaume (Pierre-Yves Beaurepaire) et des textes, mais également des documents moins courants, comme une carte des missions en Bretagne au XVIIe siècle (HD, p. 514).

Le volume écrit par Hervé Drévillon traite de la période 1629-1715. En effet la paix d’Alès est considérée comme un tournant : « le maintien du protestantisme en France ne dépend plus que du bon vouloir du roi ». L’historien commence avec le phénomène guerrier l’exposé du déroulement du « siècle de fer », moteur essentiel du renforcement du pouvoir royal. L’ouvrage se partage en deux parties, la date de 1661 faisant office de césure. La narration est surtout thématique, revenant au besoin à l’exposé linéaire dans le détail. Le livre se consacre à une histoire vue « d’en haut ». Que l’on ne se méprenne pas : l’histoire sociale est bien présente, par exemple dans l’examen d’une société « policée » ou dans l’exposé des misères des sujets de Louis XIV écrasés par l’impôt et par des récoltes calamiteuses (chapitres X et XII). Elle est subordonnée à l’exposé d’une histoire politique, ou d’une histoire sociale du politique, qui commence avec le roi, ses guerres et l’exercice de son autorité et se termine par les révoltes contre celui-ci. Le religieux n’est pas en reste, mais narré à travers aux efforts royaux pour imposer la religion catholique au royaume. L’ouvrage est cohérent, par rapport au parti pris d’une histoire « des rois absolus », et le texte se lit assez facilement. La narration est parsemée de coups de projecteurs sur des exemples concrets, qui sont intégrés à l’exposé et lui donnent de la « chair ». « L’atelier de l’historien » est structuré selon deux axes. L’analyse des « légendes » explique au moyen de documents d’où proviennent les expressions connues de tous pour caractériser le XVIIe siècle : le « Siècle de Louis XIV », le « Grand Siècle » et le « siècle de fer ». Dans une deuxième partie, Hervé Drévillon présente les différents aspects d’un problème historiographique en cours de débat, celui de la monarchie absolue et de ses modalités d’exercice. Du fait des choix éditoriaux et du détail assez important que le format de la collection autorise, ces livres sont des mines pédagogiques. Ils peuvent être commodes pour les enseignants, et fort utiles pour les étudiants avancés, en particulier ceux qui préparent les concours de l’enseignement et désirent se (re-)mettre à niveau – les nombreux documents iconographiques commentés présentant à cet égard un certain intérêt, du fait de l’intégration de l’histoire de l’art aux programmes du secondaire. A mi-chemin entre le très bon manuel et le « beau livre », il est dommage que les étudiants ne puissent se les offrir. © Mathilde Monge pour Historiens et Géographes tous droits réservés.