Grandir après la Shoah. L’histoire méconnue de ces juifs communistes qui accueillirent des enfants de déportés

Compte-rendu de la rédaction / Seconde Guerre mondiale
Le 11 juin 2016

Serge WOLIKOW & Isabelle LASSIGNARDIE, Grandir après la Shoah. L’histoire méconnue de ces juifs communistes qui accueillirent des enfants de déportés, Éditions de l’Atelier, 2015, 136 p., 25 €.

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Le premier des mérites de cet ouvrage est d’affirmer que, contrairement à la vulgate, la Destruction des Juifs d’Europe, comme personne ne disait alors, était loin d’être méconnue ou dissimulée en France à la fin des années 40 et pendant les années 50. C’est ce que j’ai toujours pensé, d’autant plus qu’enfant j’ai vécu non loin de trois des foyers d’accueil d’enfants de déportés juifs, que je retrouve ici avec émotion et amitié. Le deuxième mérite est de rejoindre une historiographie récente, celle des travaux de Stéphane Audouin-Rouzeau, Ivan Jablonka et Manon Pignot, bien connus des lecteurs de notre revue Historiens & Géographes, celle des livres moins connus de Katy Hazan (Les Orphelins de la Shoah, 2000) et Daniel Baron (La vie douce-amère d’un enfant juif, 2010), tous des travaux consacrés aux enfants : impact de la guerre sur eux, vision de la guerre par ces jeunes êtres, etc. S.Wolikow et I.Lassignardie, responsable des archives de la direction nationale du PCF, utilisent dans ce beau livre une quantité appréciable de dessins et de rédactions d’enfants (1945-1951), superbement coloriés et d’une calligraphie tantôt magnifiquement scolaire tantôt dramatiquement adulte, comme dans la page d’Houstic, 13 ans et demi. Parmi les jeunes auteurs on remarque d’ailleurs la présence d’un certain Roland Topor, alors âgé de 13 ans et demi lui aussi… Surtout la parole ou plutôt le crayon et les pinceaux sont donnés aux enfants et les dessins, présentés au public parisien, parallèlement au livre, dans deux expositions qui viennent de s’achever, scandent littéralement les chapitres, le premier d’entre eux étant d’ailleurs titré « Les dessins des enfants de l’UJRE » (Union des Juifs pour la résistance et l’entraide). En conséquence, et c’est un troisième mérite du livre, l’histoire « de ces juifs communistes qui… » est en arrière-plan vis-à-vis des « enfants de déportés » eux-mêmes, bien que S.Wolikow démontre que la « question juive » a été importante pour le parti communiste, dès la Seconde Guerre mondiale, d’où l’accueil des enfants de déportés (3e chapitre). Au-dessus d’un dessin de four crématoire, Renée Mosewicz, neuf ans, évoque les « milliers de papas de mamans et de petits enfants [qui] sont morts dans les camps de consantrasions est dans les fours crématoires d’Allmagne » : bien sûr les enfants sont quelque peu instrumentalisés, surtout dans le Mouvement de la Paix et pour les anniversaires de Thorez. C’est ainsi que les trente enfants entassés dans la petite maison de l’allée du Plateau au Raincy (laquelle existe toujours) sont « heureux » d’offrir à Thorez en 1950 pour son anniversaire une « plaquette où sont représentés tous les enfants du monde qui se donnent la main autour de l’arbre de la Paix » et ajoutent « Tous les enfants du monde veulent la paix et nous surtout qui avons tant souffert »… De nombreux témoins ont été ces dernières années interrogés, certains connus, comme Boris Cyrulnik, d’autres beaucoup moins et c’est un dernier mérite. © Dominique LEJEUNE pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 07/06/2016. Tous droits réservés.