François Ier. Un roi entre deux mondes

Compte-rendu de lecture / Histoire moderne
Le 14 janvier 2019

Cédric Michon, François Ier. Un roi entre deux mondes, Paris, Belin, 458 p., 24€.

Le dernier roi chevalier ou le premier souverain absolu ? La question est posée depuis longtemps pour François Ier. C. Michon, fort de ses recherches sur les conseillers du roi, réexamine la question en vingt-huit chapitres qui passent du roi chevalier (jamais adoubé) de Marignan, au prince de la Renaissance et au monarque absolu qui inaugure d’autres règnes autoritaires. Une histoire culturelle de bon aloi complète cette approche, comme il se doit à la Renaissance. Qu’on n’imagine pas un pensum pourtant. Derrière l’érudition, il y a une prise de distance roborative et parfois joyeuse à la façon du siècle, marquée par une bibliographie qui réserve d’une part la saga des titres généraux possibles à cet ouvrage et d’autre part des références cinématographiques qui ne sont pas du tout incongrues, comme en témoigne le titre du dernier chapitre : François Ier a-t-il tué Liberty Valance ?, une considération réservée aux bons connaisseurs du cinéma américain classique et pas seulement. L’auteur y examine la mythologie de l’histoire nationale française et l’historien décrypte les légendes et traque la désinformation : une méthode qui stimule la réflexion du lecteur contemporain. Mais ne nous y trompons pas, cette analyse historique de l’évolution politique de la monarchie, synthétise les travaux récents dans le domaine bien plus qu’elle ne met en cause les grandes biographies de Jacquart ou Knecht. On ira encore chercher dans celles-ci les descriptions économiques, sociales ou même militaires, et plus encore les considérations religieuses qui sont ici bien ténues alors que la question était essentielle pour les sujets du roi François et pas seulement pour la Marguerite des Marguerites, mais bien pour le roi lui-même qui choisit tout de même de ne pas quitter Rome, à la différence d’Henry VIII. C’est dommage car le pouvoir royal ne peut être pensé à cette époque sans ses fondements religieux, qui conditionnent l’acceptation du pouvoir par les sujets et même leurs révoltes. Les études nouvelles ne manquent pas en la matière et donc c’est la seule critique qu’on puisse porter à ce beau livre, bien écrit, au récit bien mené. Il est parfaitement accessible aux élèves de collège par ses chapitres courts et enlevés. francois_ier.jpg Site de l’éditeur © Nicole Lemaitre pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 14/01/2019.