France 1940. Défendre la République

Compte-rendu de lecture / Histoire contemporaine
Le 19 avril 2018

Philip Nord, France 1940. Défendre la République, Paris, Perrin, 2017, 235 p. 19,90 €.

Dans son dernier ouvrage traduit par les éditions Perrin, l’historien américain Philip Nord, spécialiste des la France contemporaine et professeur à Princeton, reprend à nouveaux frais le dossier de la défaite française et du syndrome de 1940. Il s’interroge sur la pertinence de « l’étrange défaite » telle que Marc Bloch l’avait définie à chaud. Cette courte synthèse nourrie des meilleurs travaux anglo-saxons (Julian Jackson) et français (R. Frank, P. Laborie, J.-L. Crémieux-Brilhac) n’apporte rien de neuf mais elle a le mérite de décentrer l’analyse du seul cas français et de l’élargir aux principales puissances confrontées à la menace nazie. nord_france_1940_in_french.jpg L’ouvrage est articulé en trois temps de deux chapitres chacun : « Les préparatifs de guerre », « La bataille de France » et « Comment mourut la Troisième République ». L’auteur examine d’abord la diplomatie de l’avant-guerre, c’est-à-dire les positionnements des principales puissances qui défendent en priorité leurs intérêts nationaux laissant la France en première ligne face à l’Allemagne concluant : « La diplomatie française ne mérite pas d’être acclamée pour sa prescience et pour son imagination, mais, dans des circonstances difficiles, ses responsables ne s’en tirèrent pas si mal – qui, d’ailleurs, réussit à mieux faire ? ». Puis il reprend la question désormais bien connue des « armes et du moral » rappelant l’important effort de réarmement de la France entrepris par le Front populaire et accéléré par Daladier ainsi que le sursaut de l’opinion après Munich et la volonté de se défendre. Selon Philip Nord, « La France était aussi bien préparée pour la guerre que n’importe lequel des principaux belligérants, mieux préparée que les États-Unis et l’Union soviétique, et au moins aussi bien préparée que la Grande-Bretagne et l’Allemagne ». L’explication de la débâcle militaire de 1940 tient donc dans « la bataille de France » de mai et juin 1940. L’auteur analyse les plans de bataille des deux camps dont la stratégie défensive française : la ligne Maginot n’était pas une si mauvaise idée dans la mesure où elle était articulée avec un plan de bataille franco-belge et des opérations se déroulant en Belgique, voire aux Pays-Bas. Les résultats des plans de l’attaque allemande n’étaient nullement joués d’avance. Économiser les vies humaines, parier sur la puissance industrielle de la France et une guerre longue, avec l’appui britannique et américain, n’étaient pas si déplacés que cela d’autant plus que « personne, à vrai dire, n’avait sous la main une meilleure stratégie » et que les Anglais acceptaient « le schéma français ». En réalité, c’est le déroulement de la guerre-éclair qui va faire la différence. Philip Nord constate aussi que la capitulation des Pays-Bas le 15 mai et la reddition du roi des Belges le 28, sans même consulter ses alliés, « plus déshonorantes que la débâcle française » ont été blanchies alors que « les Français furent à l’époque, et ont continué à l’être depuis, accusés de manquements de toute sorte ». Face à la lenteur de décision et aux fautes du haut commandement français, l’audace et la qualité offensive de quelques généraux allemands après la percée de Sedan s’avèrent payantes. En dépit de durs combats, la responsabilité de la défaite incombe d’abord aux chefs militaires français mais elle reflète aussi les faiblesses de la Troisième République ; ses adversaires de l’intérieur en profitèrent pour mettre en œuvre sa mise à mort entérinée le 10 juillet 1940 par une large majorité des parlementaires présents à Vichy. L’auteur examine ces semaines décisives en deux temps : les conditions de demande d’armistice au vainqueur, puis « la route de Vichy ». Il rappelle la montée en puissance au sein du gouvernement Reynaud des partisans de l’armistice : des militaires prestigieux (Pétain et Weygand) et des hauts-fonctionnaires (Beaudoin, Bouthillier…) bien peu républicains, anticommunistes et attirés par les régimes autoritaires. En dépit des efforts de de Gaulle et de Churchill, ces ministres influents contrecarrent la volonté du président du Conseil de poursuivre la lutte : contre la capitulation, ils imposent l’armistice. Quand le 16 juin 1940 Pétain accède à la tête du gouvernement, la revanche politique contre la République peut se mettre en place et ouvrir sur une Révolution nationale qui sera en réalité une contre-révolution. Parmi ses partisans de droite, précisons que Pierre-Étienne Flandin n’était pas « un pilier de la Fédération républicaine » (p. 181) mais le président de l’Alliance démocratique. Récusant dans sa conclusion les thématiques de la « décadence » et du « déclin », Philip Nord insiste à juste titre sur la force de l’idée républicaine dans la société française qui, après une première phase de rejet de la IIIe République sous l’Occupation, est assez rapidement réhabilitée tant par la résistance gaulliste que par la résistance intérieure. Ce faisant, il se prive de la clé d’explication par les cultures politiques tout en montrant bien l’enracinement de la République. En revanche, il reprend à son compte les travaux récents des historiens de la Résistance dont ceux de François Marcot qui en font un phénomène de société beaucoup plus large que les organisations structurées (réseaux et mouvements). Voilà donc une étude nuancée de la France en 1940, qui réévalue la défaite française dans son contexte européen et mondial mais, contrairement à ce qu’affirme la quatrième de couverture, ce n’est sans doute pas « un travail équivalent à celui de Robert Paxton sur Vichy ». Site de l’éditeur © Christian Bougeard pour Historiens & Géographes – Tous droits réservés. 19/04/2018.