Equipe MIT, Tourismes 3 La révolution durable, Belin, collection Mappemonde dirigée par Rémy Knafou, 17x24cm,336p, 28€
par Michèle PONCELET
Le 21 octobre 2014
Tourismes 3, la révolution durable , est le dernier ouvrage d’une trilogie connue : tourismes 1 lieux communs, tourismes 2 moments de lieux. C’est l’aboutissement d’un travail collectif de l’équipe MIT créée en 1994 « Mobilité, Itinéraires, tourismes ». Ont collaboré à ce dernier volume 14 spécialistes : Amandine Chapuis, Giogia Cerani Sebregondi, Vincent Coëffé, Philippe Duhamel, Edith Fagnoni, Anne Gaugue, Jean Christophe Gay, Christian Hélion, Rémy Knafou, Hélène Pébarthé Désiré, Isabelle Sacareau, Mathis Stock, Luc Vacher et Philippe Violier.
La révolution du tourisme, ignorée parce que silencieuse, est liée à la révolution industrielle dont elle est issue et contemporaine. La nouvelle organisation du travail et le temps social nouveau ont conduit à un nouveau système de valeurs induisant un nouveau système de pratiques spatiales.
L’ouvrage est divisé en 3 parties. La première intitulée « le tourisme en pratique : la révolution permanente ? » montre comment depuis leur apparition, les pratiques touristiques changent, s’adaptent et se diffusent dans le monde entier. Si la rencontre de l’autre reste le moteur des pratiques touristique, celles-ci se manifestent aujourd’hui autrement : springbreak, communautés hédonistes tels que les villages club, B&B… L’idéologie de la solidarité sous tend des pratiques nouvelles : le tourisme dit participatif dans certains quartiers pauvres des villes de pays riches (Bronx, Harlem..), le tourisme éthique et solidaire dans les pays en développement. La frontière entre tourisme et action humanitaire est tenue. Besoin de se justifier ? Bonne conscience ? Une autre constante est la quête de soi, toujours présente, qu’elle soit intentionnelle, avouée ou non. Les occidentaux apprécieront les lieux refuges, îles, déserts, montagnes, tandis que les chinois sont adeptes du « renao », endroits chaleureux et bruyants. Prendre soin de soi est un autre moteur des pratiques touristiques. De l’héliotropisme du XIXème siècle, au naturisme, à la vogue du corps bronzé, le repos et la recherche du bien être sont permanents. L’objectif reste de « se faire du bien », mais les pratiques évoluent, le jeu et la recherche des sensations physiques intenses, l’expérimentation de nouvelles activités tels que surf, kite, canyoning, via ferrata garantissent de sensations fortes et créent de nouveaux spots. Le dernier moteur de la pratique touristique est la découverte. L’appel du vide reste fort ainsi que le rêve des paradis perdus de la wilderness.
Force est de constater que l’œkoumène touristique ne cesse de reculer .La seconde partie de l’ouvrage revient sur la chronologie de la mise en tourisme des lieux. Que de changements depuis les hill resorts de l’époque coloniale, des lieux de tourisme sous les régimes totalitaires (ex de Prora), des expériences de planification, jusqu’aux paradis fiscaux! Existe-t-il encore des terrae incognitae pour le touriste, alors qu’en 2007, l’Everest a vu défiler 500 personnes au sommet ?
Dans le même temps des lieux ignorés proches des zones de départ apparaissent .
La troisième partie pose la question de la durabilité des lieux touristiques, non dans l’optique du développement durable, mais de leur pérennité. Le monde touristique est complexe, les pratiques diverses. Les lieux qui s’inscrivent dans la durée ont du s’adapter. Les pratiques, les lieux, les acteurs peuvent changer de forme, les agencements sont cohérents et forment des « systèmes ». Le tableau de la page 192 montre une ébauche de système touristique. Les différents mondes du tourisme s’additionnent et se chevauchent.
Comment expliquer la permanence des lieux recherchés ?
· – Par des milieux qualifiés (topographie, patrimoine) Les sites pittoresques au sens étymologiques durent.
· Par le renouvellement des clientèles : nous sommes dans une ère de tourisme de masse individuel, avec des visiteurs d’origine géographique diverse et une relative mixité sociale.
· par la capacité de faire fructifier l’espace touristique considéré comme un capital (par exemple en créant des événements).
Les lieux changent, leur qualification aussi. Les auteurs reconnaissent 35 trajectoires théoriques possibles dont 28 sont identifiées sur le terrain. (tableau p 250) Il en ressort que plus un lieu est anciennement constitué, moins il a de chance de disparaître. Il en va de même pour ceux dont l’urbanité est affirmée.
L’histoire du tourisme est jalonnée par l’histoire des « moments de lieux », étudiés dans le tome 2. Cet ouvrage insiste sur les filiations entre les lieux et les pratiques d’un monde touristique complexe, où il est possible de modéliser les trajectoires des lieux. La conclusion propose 2 défis : la construction d’une théorie générale du tourisme et la mise à l’épreuve des sciences sociales par le tourisme. Ainsi s’achève une trilogie remarquable, offrant un corpus bien documenté, difficile d’accès pour des étudiants de BTS ou de licence pro,mais dont les enseignants de ces sections feront leur miel avec profit.
© Michèle PONCELET pour Historiens et géographes