En finir avec la guerre froide. La France, l’Europe et le processus d’Helsinki, 1965-1975

Compte-rendu de la rédaction / Histoire contemporaine
Le 26 décembre 2016

BADALASSI Nicolas, En finir avec la guerre froide. La France, l’Europe et le processus d’Helsinki, 1965-1975, Presse universitaires de Rennes, 2014, 442 pages.

De 1972 à 1975, trente Etats européens, les Etats-Unis et le Canada se réunissent en une conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) qui lance le « processus d’Helsinki » réputé avoir fortement contribué à la fin de la guerre froide. La France joue tout au long des négociations un rôle majeur dont l’orientation est donnée par le général de Gaulle qui, dans sa conférence de presse du 4 février 1965, avait annoncé une politique de « détente, entente et coopération ». En effet, dans l’esprit du chef de l’Etat, la bipolarisation du monde en deux blocs antagonistes est une anomalie historique. Il souhaite que les peuples du vieux continent puissent se développer et agir indépendamment des alliances contraignantes. La France appuie sa position sur trois principes : l’idée d’une réunification ultérieure de l’Allemagne, la construction européenne et le bloc détente-entente-coopération préconisé par de Gaulle. Dans le même temps, du Général à Mitterrand, se manifeste une égale volonté : maintenir la France à son rang d’influence réelle et se faire le champion du dialogue entre les deux blocs. Si, pour la France, la CSCE doit aboutir au démantèlement de l’ordre institué à Yalta et dissoudre progressivement les divisions, l’URSS souhaite à l’inverse le gel de la division de l’Europe et de l’Allemagne. La conférence aboutit à des résultats importants. La première série de ceux-ci se rapporte à la sécurité. Elle comprend notamment l’inviolabilité des frontières, la renonciation à la force, la non-intervention dans les affaires intérieures, le respect de la souveraineté des Etats, la droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Un autre volet porte sur le développement des contacts humains et des échanges culturels, ce qui touche aux droits de l’homme. Enfin la conférence annonce des progrès dans le domaine de la coopération économique, scientifique et technique. Les Soviétiques considèrent que la CSCE aboutit pour eux à un grand succès et entérine la carte politique de l’Europe. A ceux d’entre eux qui perçoivent un danger à travers la promotion des droits de l’homme, les dirigeants répondent que les profits politiques et économiques valent largement le risque d’une éventuelle contestation. La presse occidentale elle aussi souligne le succès de la diplomatie de Moscou. Or, dans le long terme, le résultat se révèle inverse. La France est la première à tabler sur une telle issue car, selon elle, le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la coopération et les droits de l’homme constituent de puissants germes de liberté et compromettent la survie des blocs, tandis que la signature de l’Acte final consacre la détente. De même la France ne perd pas de vue l’idée d’une réunification allemande. En outre la conférence a admis l’idée que tous les principes proclamés se situent sur un pied d’égalité, ce qui ouvre de larges possibilités d’action pour les occidentaux. De fait, au cours des années suivantes, les revendications en faveur des droits de l’homme grandissent dans le bloc de l’Est. Sur tous ces points, Nicolas Baldassi livre une étude magistrale, neuve, convaincante, nourrie de nombreuses archives inédites, étude à la fois foisonnante et maîtrisée. Dans le détail la généalogie de la négociation, ses suites à long terme, les inflexions dues aux choix des présidents français dans la lignée gaullienne inspirent des développements riches. L’auteur montre bien que la CSCE a participé à l’entrée en agonie de la guerre froide et qu’elle a, selon le mot de Georges Pompidou, introduit « le virus de la liberté » à l’Est. © Ralph Schor pour les services culturels de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 14/12/2016. Tous droits réservés.