De Weimar à Vichy. Les juifs d’Allemagne en République, 1918-1940/1944
Compte-rendu de la rédaction / Histoire contemporaine
Le 26 décembre 2016
BOHNEKAMP Dorothea, De Weimar à Vichy. Les juifs d’Allemagne en République, 1918-1940/1944, Fayard, Paris, 2015, 298 pages.
Dorothea Bohnekamp retrace le destin des juifs allemands de la Grande Guerre à 1944. Les juifs participent au conflit mondial et espèrent ainsi prouver leur intégration au Reich. Mais, malgré leur engagement – 100 000 sur 550 000 sont mobilisés – ils sont généralement considérés comme des profiteurs, des traîtres ou des embusqués. En fait, la guerre accentue leur marginalisation sociale et politique. Aussi les juifs mettent-ils beaucoup d’espoir dans la démocratique République de Weimar. Au début ils occupent des positions de premier plan dans l’Etat mais, à partir de 1923, ils progressivement écartés d’autant qu’on les accuse d’être responsables de la défaite de 1918. Le 24 juin 1922, l’assassinat de Walter Rathenau, symbole d’un judaïsme intégré et loyal envers la patrie allemande, marque l’échec des espérances. Le livre analyse ensuite l’immigration de quelque 100 000 juifs européens en Allemagne, leur vie culturelle, leurs rapports complexes avec les autochtones, surtout leurs coreligionnaires inquiets de voir compromis les efforts d’intégration en raison du caractère voyant des nouveaux venus. L’immigration renforce en fait l’antisémitisme général reflétant le climat de brutalisation, l’indifférence aux valeurs humanistes et l’hostilité à la démocratie.
Dans tous les milieux de la République, l’armée, les partis conservateurs, les organisations professionnelles et étudiantes, les juifs sont rendus responsables de tous les maux du temps. Les violences contre eux se multiplient ainsi que les discriminations, notamment dans les constitutions régionales. L’éclat de l’intelligentsia israélite et l’action des associations de défense de la communauté ne changent pas le climat. L’auteur étudie ensuite l’exil en France, le prestige de ce pays aux yeux des persécutés, la solidarité existant à l’arrivée puis la désillusion entraînée par la précarité des conditions de vie et les restrictions de l’accueil. Le livre se termine sur le tableau tragique du sort des juifs allemands durant la Deuxième Guerre, les internements, les rafles et les déportations malgré les efforts des Justes comme Varian Fry Marseille.
Il était difficile de renouveler un sujet déjà très étudié par les historiens. Le début du livre qui est étayé en partie sur une bibliographie en langue allemande généralement peu connue du lecteur français apparaît comme la plus intéressante, en particulier les pages consacrées à l’identité juive allemande. En revanche, les chapitres sur l’exil en France et la Deuxième Guerre offrent seulement des synthèses rapides. Le plan du livre pose quelques questions. Le titre, trop modeste, pose la date de 1918 comme point de départ, mais toute la Grande Guerre est analysée dans le chapitre initial. La période nazie de 1933 à 1939, sans doute supposée connue, inspire des développements très courts et partiels. La composition amène des redites ou, dans le cas de l’exil en France, présente le tableau des activités culturelles et politiques, ainsi que la vie quotidienne, avant l’étude de la réglementation et les conditions d’entrée sur le territoire français. Le titre semble annoncer un ouvrage consacré à tous les juifs d’Allemagne, mais, à partir de 1933, s’intéresse seulement à ceux qui sont passés en France. Malgré un certain manque de rigueur, le livre pourra rendre des services à ceux qui connaissent peu le sujet.
© Ralph Schor pour les services culturels de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 14/12/2016. Tous droits réservés.