De Gaulle. La passion de la France
Compte-rendu de la rédaction / Histoire contemporaine
Le 27 décembre 2016
MORELLE Chantal, De Gaulle. La passion de la France, Colin, Paris, 2015, 287 pages.
Après de nombreux livres consacrés au général de Gaulle est-il possible d’apporter des éléments nouveaux sur le sujet ? Chantal Morelle ne prétend pas bouleverser les connaissances sur l’homme du 18 juin, mais elle propose un regard sur les épisodes qui ont formé le héros et élaboré son mythe. Le contexte événementiel est réduit à l’essentiel, tandis que l’accent est mis sur l’émergence d’une personnalité et la projection de celle-ci dans l’action.
Dès lors le milieu familial, « monarchiste de regret » rallié à la République, la précoce vocation militaire, l’influence du christianisme social, l’expérience de la Grande Guerre et de la captivité en Allemagne, puis le séjour en Pologne sont privilégiés. Dans l’entre-deux-guerres le pragmatisme et l’indépendance d’esprit du futur général s’affirment. La suite de l’étude montre la genèse de certains choix fondamentaux et le sens que de Gaulle attache à certains d’entre eux : le rôle du symbole comme acte politique, le primat du politique sur le militaire, la recherche constante de la légitimité, la nécessité du rassemblement, la démocratie directe plutôt que le parlementarisme, le rôle de l’Etat et de son chef, la grandeur par l’indépendance nationale et la coopération… Le livre s’achève sur une analyse du mythe, ses fondements, les canaux de sa diffusion, les interprétations qu’il a engendrées.
La grille de lecture qu’offre le livre ne se révèle pas toujours originale, mais était-ce possible dans un tel format ? Cependant l’auteur fournit toujours une argumentation solide et une démonstration claire. Elle ne s’interdit pas quelques anecdotes savoureuses. On retiendra cette sortie du général Giraud, en 1937, lequel pense que les chars contribueront à faire perdre la prochaine guerre et assure à des élus que le lieutenant-colonel de Gaulle, promoteur de cette arme nouvelle « est l’officier le plus stupide de l’armée française ». Un humour involontaire s’avère parfois plus éclairant qu’une longue démonstration.
© Ralph Schor pour les services culturels de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 24/12/2016. Tous droits réservés.