Clemenceau

Compte-rendu de la rédaction
Le 12 avril 2016

Sylvie Brodziak, Clemenceau, collection Libre cours, PUF de Vincennes Paris 8, 2015, 188 pages, 10 euros.

Clemenceau est revenu au premier plan des personnalités politiques, de la IIIe République et de notre pays et de l’histoire des relations internationales Sophie Brodziak, auteur d’une thèse sur Clemenceau livre un portrait précis, clair, fouillé de Clemenceau.

telechargement-clemenceau-cr.jpg Atypique, libre esprit, libertaire, pourrait-on dire, peu soucieux de sa postérité, attiré par la politique, opposant à Napoléon III, républicain radical, adversaire des opportunistes, anticlérical, prônant une république laïque, non seulement à l’école, mais dans d’autre secteurs, opposé aux idées coloniales de Jules Ferry, à son conception de races supérieures et inférieures farouche défenseur du territoire national, soucieux de promouvoir les classes populaires contre la misère, par l’éducation et la protection, sociale, défenseur insatiable des Droits de l’Homme. 6 parties divisent l’ouvrage : La Fabrique du grand homme, Installer la République, Construire la République, Tempêtes dans la République, Conduire la République, Léguer et transmettre la République. D’abord, c’est l’enfance et l’adolescence en Vendée, né bleu, éduqué par sa mère, suit ses humanités en pension (grec et latin), puis il se lance dans des études de médecine à Nantes, puis à Paris suivant les pas de son arrière-grand père, de son grand-père et de son père qui l’influença beaucoup. Il s’agit ensuite de lutter contre le régime de Napoléon III qui le conduit même à la prison ; il part aux Etats-Unis où il découvre la jeune démocratie américaine et se marie. De retour en France il est désigné en 1870 comme maire du XVIIIe siècle par Arago, il lutte aux côtés de Gambetta contre l’occupant, mais il ressort traumatisé par les violences qui marquent la Commune et sa répression par Thiers. Il rompt avec Gambetta et sa politique opportuniste, il crée le journal La Justice pour exprimer ses combats et ses idées. C’est un journaliste hors pair. Attiré par Boulanger, il va s’en éloigner, mais il est pris dans le scandale de Panama et il est attaqué, le 21 novembre 1891 à cause de ses liens avec un homme d’affaires douteux, Cornelius Henz, qui a soutenu financièrement son journal. Il est battu lors des élections législatives dans le Var le 3 septembre 1893. C’est ensuite la traversée du désert où il fréquente les salons littéraires, défend la langue française. Il publie aussi des essais « La Mêlée sociale » dominé par son puissant désir d’aider les pauvres et le Grand Pan, hymne à l’homme. L’Affaire Dreyfus va faire replonger Clemenceau dans la vie politique. Il se lance dans une campagne de presse fulgurante pour Dreyfus. Le 13 janvier 1898 il trouve le titre de l’article d’Emile Zola dans l’Aurore. Plus de 700 articles (7 volumes, republiés en partie grâce à l’énergie de notre cher Michel Drouin. En 1896 il dénonce les massacres des Arméniens. Il combat pour l’abrogation de la peine de mort. Devenu sénateur du Var en 1902, il vote la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Le « Tombeur de ministère » devient ministre de l’intérieur en 1906. Il calme les violences des inventaires et négocie avec les mineurs après la catastrophe de Courrières. Mais la grève devient insurrectionnelle et Clemenceau est contraint d’utiliser la force publique. Il rejette le socialisme, le communisme, le principe de la collectivisation Le 25 octobre 1906 il devient Président du Conseil Son objectif est de réduire la journée de travail. Il crée le ministère du travail .Sur le terrain sécuritaire Il lutte contre la criminalité en confiant la police judiciaire à Célestin Hennion, un simple commissaire de police. C’est la création des « Brigades du Tigre ». Il met fin au soulèvement viticole en ridiculisant son leader Marcellin Albert. Mais la tragédie de Draveil-Vigneux, l’arrestation des syndicalistes de la CGT aboutissent à la rupture avec les radicaux et les socialistes. Au cours de son mandat 1906-1907, il n’est pas belliciste et signe un accord avec l’Allemagne. Puis c’est la chute, le 20 juillet 1909 où son ennemi Delcassé mène l’hallali Clemenceau se tourne vers les artistes, fréquente les théâtres sidéré par les cathédrales de Claude Monet. Après avoir lancé L’Homme libre en 1914, qui sous l’effet de la censure devient l’Homme Enchaîné, Clemenceau devient président de la commission de l’armée du Sénat en 1915 et multiplie les visites au front. Il est appelé par Poincaré en novembre 1917 et s’impose comme chef de guerre jusqu’à la victoire finale. Il impose à Poincaré l’armistice et participe aux négociations de la Conférence de Paris qui aboutit à la signature du Traité de Versailles le 28 juin 1919. Après l’échec à la présidence de la République, Clemenceau revient à sa passion de la culture, de l’histoire de l’art, de la peinture, ami de longue date de Claude Monet, des voyages en Afrique, en Asie, aux Etats-Unis. Et il écrit une somme « Au soir de la pensée » (1927), une réponse aux accusations de Foch « Grandeur et Misères d’une victoire ». Il meurt en 1929 dans son appartement du 8, rue Franklin, Paris 8ème, qui est resté intact. Sylvie Brodziak dissipe les idées reçues sur Clemenceau, qui veut l’amélioration de la condition des pauvres, loin de l’image du « briseur de grèves » ; il n’a pas voulu prolonger la guerre et la porter en Allemagne, n’a pas voulu détruire l’Allemagne. Il accepte une occupation limitée de la rive gauche du Rhin. Ce petit ouvrage, de petit format, dense, maniable, bon marché, sera très utile pour tous ceux qui veulent connaître ou mieux apprécier les grandes lignes de la vie et de l’œuvre du Tigre pour situer en classe de 3ème et en 1ère la place de grand serviteur de l’Etat et de notre pays. © Hubert Tison pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes. Tous droits réservés. 02/04/2016.