Ce que j’ai vu de la Grande Guerre
Compte-rendu de la rédaction / Grande Guerre
Le 26 juin 2016
Frantz Adam, Ce que j’ai vu de la Grande Guerre. Photographies présentées par André Loez, Postface d’Alain Navarro, La Découverte, 2013 ,191 pages, 29,90 euros.

La Grande guerre a été très photographiée. A côté de clichés officiels, de nombreux photographes amateurs ont pris des photos et alimenté leur album familial et les journaux. Frantz Adam en est un. On peut suivre son parcours à travers 147 clichés sur 500. Médecin-adjoint à l’asile de Châlons-sur-Marne (1912), il devient aide-major de 2ème classe dans le bataillon du 23ème RI (1915). Le regard de Frantz Adam tranche par sa singularité.
C’est un patriote catholique, issu d’une famille alsacienne et bourgeoise. Il a des aptitudes pour la camaraderie, est doué pour les relations sociales ; c’est un humaniste convaincu. « Il est brave et modeste ». « Plus qu’aux lieux du conflit ou objets ce sont bien les hommes en guerre qui intéressent Adam », écrit André Loez. Muni de son Kodak Vest Pocket, il a arpenté le Front, d’abord à l’Est en 1915, c’est la guerre en forêt dans les Vosges, au Harmannwillerkopfen en Alsace, puis en 1916, la guerre totale, la Somme, Verdun ; en 1917 l’incertitude, le Chemin des Dames et l’offensive Nivelle ; en 1918 la libération de la Belgique, de Strasbourg…
Il photographie la vie quotidienne du Poilu, des groupes de soldats en repos de toutes conditions, en train de se baigner nus dans la Meurthe, de lire, d’écrire, de fumer, de boire aussi, de manger (les cuisine roulantes, les énormes tonneaux de vin), de s’amuser, mais aussi de construire des tranchées, des abris, de fabriquer des caillebotis, de surveiller l’ennemi par tous les temps. Il prend en photo des prisonniers allemands. Il n’a pas de haine contre eux, il les respecte. Il montre la mort de soldats français et allemands, des blessés allemands et français, le creusement d’une fosse commune. On perçoit à travers ses photos l’évolution de l’armement, notamment en 1918 avec le passage à la guerre de mouvement. Deux photos ont été publiées dans l’Illustration sur le vandalisme de soldats allemands, pilleurs de trésors d’églises, seule concession à la propagande officielle.
Les photographies sont présentées avec rigueur et souci de contextualisation par André Loez. Dans sa postface, Alain Navarro apporte un éclairage instructif sur l’historique de la photographie pendant la Grande Guerre, compare l’irruption des photographies d’amateurs au Front à « des pionniers du journalisme participatif », à la situation des années 2000 qui a vu la production et la diffusion des images exploser avec le Smartphone, Facebook. Après la guerre, Adam devient médecin-chef de l’hôpital de Rouffach en Alsace et devient un aliéniste réputé. Le fonds photographique se trouve à l’AFP qui en gère la diffusion. Cet album est à consulter dans les CDI, à qui il est recommandé de le commander.
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