CAZALS, Rémy, LOEZ, André, Dans les tranchées de 1914-18, Pau, Editions CAIRN, 2008, Coll. La vie au quotidien, 297 p., 20 €, index des témoins cités, bibliographie.

par Yohann CHANOIR
Le 21 octobre 2014

Avec la refonte des programmes des classes de Première, voilà un livre précieux pour évoquer cette expérience combattante des soldats de la Grande Guerre.

L’intention des auteurs est de cerner la vie quotidienne dans cet univers si particulier des tranchées. Cette ambition sonne comme un oxymoron, tant la vie y constituait une dégradation, voire une disparition, des réalités recouvertes par le terme de «vie quotidienne ». Pour dresser les temps forts de cette «vie au quotidien », les auteurs, spécialistes connus et reconnus de la Grande Guerre, s’appuient sur des sources plurielles laissées par les combattants: carnets de route, correspondance épistolaire, souvenirs etc. qu’ils citent abondamment, donnant ainsi à cette étude l’aspect d’un recueil documentaire. Il s’agit bel et bien d’analyser une guerre vue d’en bas, par ces soldats ordinaires confrontés à une expérience extraordinaire, qu’ils ont voulu, qu’ils ont pu et qu’ils ont su coucher par écrit. Dans un univers apparemment semblable (la tranchée), les différences sont pourtant sensibles, voire accusées, tant dans l’expérience même de la guerre, que dans les origines sociales, géographiques, la pratique de l’écrit… de ces soldats-témoins. Ainsi, à la plume inspirée de Marc Bloch répond celle plus frustre de Barthas, permettant ainsi au lecteur d’appréhender la singularité de l’expérience combattante mais aussi d’en dégager les éléments permanents et récurrents. L’analyse s’articule selon des thématiques variées (installation d’une guerre de position, la confrontation à une mort de masse, la société de guerre avec ses fractures, l’existence précaire…), et épouse souvent des thèmes originaux (comme le paysage sonore du «poilu »). Le dernier chapitre, portant sur l’après-épreuve, est hélas plus court, ce dont les auteurs ont d’ailleurs conscience (p.259), et aurait, en effet, mérité un développement plus nourri. Ce livre ne tait pas les différences historiographique, dont chacun sait combien elles sont fortes sur cet objet historique, et dont des termes résument leur intensité, comme celui de la «brutalisation ». Les auteurs délaissent le ton de la polémique, pour se placer sur la gamme d’une analyse solide et stricte des sources, ce qui est, comme le soulignait le regretté Pierre- Vidal-Naquet, la dimension première du travail d’historien. En définitive, ce livre s’appréhende comme un outil utile pour l’enseignant, tout comme il offrira aux passionnés de ce conflit un éclairage avisé. ©Yohann Chanoir pour Historiens & Géographes