Castelnaudary au XVIIIe siècle
Compte-rendu de la rédaction
Le 4 avril 2016
Marie-Rose Viala, Castelnaudary au XVIIIe siècle, SESA, Carcassonne, 2014, nombreuses illustrations (N & Bl et couleurs) dans le texte, 122 pages.
Marie-Rose Viala nous donne une image de Castelnaudary et de son évolution au XVIIIe siècle alors qu’elle connaît une prospérité économique et démographique sans précédent depuis l’ancien temps de la cocagne.
Cet âge heureux, la petite capitale du Lauragais le doit d’abord au blé et au maïs qui surabondent dans le plat-pays d’alentour et dont le canal royal de Languedoc, lui-même source de bons revenus et d’emplois, assure l’exportation des gros surplus. Elle le doit aussi à l’administration avisée de ses consuls, stricts percepteurs de la taille et contrôleurs du compoix, gestionnaires prudents des ressources municipales et des biens patrimoniaux, et qui demeurent titulaires de quelques pouvoirs de police et de justice malgré l’installation en leur bonne ville du présidial royal.
Par ce double effet, économique et politique, Castelnaudary sort peu à peu de sa chrysalide médiévale, elle se développe et s’étend, surtout en direction du canal, ses murailles et ses fossés laissent la place à des constructions et des espaces d’agrément, les propriétaires et les négociants construisent de belles et solides maisons ornées de balcons ouvragés. On pave ses rues, on embellit les édifices religieux et civils, on entretient l’adduction de l’eau.
Ce siècle de Lumière connaît aussi des ombres que l’on voit davantage en province qu’à Paris. Même tard après les épreuves qu’elle endura comme le reste du royaume lors du règne de Louis XIV, Castelnaudary connaît encore des crises de mortalité, entendons des crises de subsistances consécutives aux désordres du temps – sécheresses, gelées tardives, précipitations excessives – qui conjuguent régulièrement leurs effets à ceux de la variole endémique, avec un pic en 1752-1753 déjà observé par Georges Frêche dans sa thèse. Les décennies suivantes n’en sont pas exemptes. A la veille de la Révolution, la suette miliaire fauche par dizaines les habitants de la cité. En septembre 1790, Castelnaudary connaît ses plus graves émeutes de la faim. Les mentalités aussi peinent à s’extraire d’un monde que l’on pressent pourtant révolu. On imprime des livres à Carcassonne toute proche, 27 exemplaires de l’Encyclopédie occupent les bibliothèques des particuliers de la ville et celle des Pères de la Doctrine chrétienne mais procès est fait en août 1757 par le procureur de la sénéchaussée au sieur Bessière, bourgeois de Montferrand, ou plutôt à son cadavre exposé en l’hôtel de ville, car le malheureux s’est suicidé, contrevenant ainsi à l’interdiction fixée par « la Grande ordonnance criminelle » de 1670.
Le travail de Marie-Rose Viala, puisé aux sources locales, montre combien il est heureux que l’histoire s’écrive aussi dans l’espace public, en dehors des cénacles institutionnels, et que des amateurs éclairés parviennent à surmonter les difficultés d’une publication de leurs travaux pour communiquer au plus grand nombre leur savoir et leur passion. C’est aussi comme cela que l’histoire demeure vive.
© Marc Vigié pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 10/03/2016. Tous droits réservés.