Arbres remarquables des Hautes-Alpes

Compte-rendu de la rédaction
Le 16 mai 2016

Marie Perruchot et Anne Gallet, Arbres remarquables des Hautes-Alpes, Association méluzine, Arles, Actes Sud, 2015, 191 p. + livret de 53 itinéraires. Prix public 28 euros.

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Arbre remarquable, que de livres ont été publiés à ta gloire ! Le statut de remarquable mérite réflexion. Il est susceptible de fournir à des enseignants d’histoire, de géographie et d’instruction civique des arguments pour mener une réflexion sur ce statut de l’exceptionnel, de l’anormal, de l’extraordinaire, par rapport au banal, à l’ordinaire, au répétitif. Ce culte du plus vieux, du plus grand, du plus gros, du plus beau, du plus étonnant doit interroger. Pourquoi cette fascination pour des êtres vivants sortant de la norme, de la moyenne, du classique ? Que cache cette volonté de privilégier des êtres vivants au détriment d’autres ? Ces questions ne sont pas au cœur de ce bel ouvrage. Elles méritent d’être envisagées en prolongement de sa lecture ou des excursions qu’il propose sur des terrains diversifiés. Le sommaire est une belle invite à une lecture vagabonde, traduisant un incontestable souci de sortir des démarches stéréotypées. Des titres ponctués d’exclamation ou d’interrogation comme « Quelle stature ! », « Quel âge as-tu ? », « M’as-tu vu ? », « Attention fragile ! », « Vous ici ! », « Touche pas à mon désordre ! » sont de petits bijoux d’humour et de distanciation. Ils résultent d’un travail collectif mêlant les contributions, inégales mais stimulantes, de peintres, de photographe, de linguiste, d’écologues, de forestiers, d’enseignants chercheurs. Il ne propose pas une lecture monolithique de la question des arbres remarquables mais laisse diverses sensibilités s’exprimer librement. L’équilibre entre des textes de bonne facture et des illustrations tantôt en couleur, tantôt en noir et blanc constitue un des atouts et des attraits de cet ouvrage imprégné du souci de faire découvrir les beautés des espèces mais aussi des espaces et des paysages des Hautes-Alpes. On pourra regretter le recours sans esprit critique à des concepts discutables comme celui de climax ou de forêt primaire, fond de commerce d’une écologie à vocation fixiste. Des encadrés ou des chapitres proposent des mises au point de bon niveau scientifique sur les charbons de bois par exemple, sur les indicateurs permettant de définir le degré de naturalité d’une forêt ou le tableau des essences recensées et des mesures comparées avec les circonférences record à l’échelle de la France. La gamme des arbres auscultés est impressionnante : le hêtre (Fagus sylvatica) de Céüse côtoie les genévriers thurifères (Juniperus thurifera) de Saint-Crépin ou le prunier de Briançon (Prunus brigantina). Mélèze (Larix decidua) et pin cembro (Pinus cembra) sont à l’honneur. Mais les espèces sont intégrées dans des territoires et des forêts : cembraies, hêtraies sapinières, pessières, tout comme le bocage du Champsaur. L’ouvrage de façon très géographique joue sur des échelles différentes de la localité et de l’individu au massif forestier ou à la région. Un beau livre aux dimensions naturalistes et culturelles qui invite à la promenade intelligente. Un ouvrage qui est bien plus qu’un inventaire, une invite à la consommation sans modération de superbes paysages forestiers. © Paul ARNOULD pour les services de la Rédaction d’Historiens & Géographes, 15/05/2016. Tous droits réservés.